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Réflexions sur l’infidélité numérique (ou pas ?)

  • Photo du rédacteur: Jean-Luc Morcello
    Jean-Luc Morcello
  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture


Les articles sur l'infidélité numérique sont nombreux.

Mon objectif n'est pas d'en ajouter inutilement un de plus à la liste, mais d'ouvrir une fenêtre sur mon quotidien de clinicien.

 

L' « infidélité » sur les réseaux sociaux n'est pas seulement une question de « comportement » comme le prennent les conjoint·es qui le découvrent, mais de « fonction ».

Je m’explique : deux personnes likent une photo : pour l'une c'est un geste automatique sans investissement psychique ; pour l'autre c'est une manière d'entretenir un espace de séduction dont le·la partenaire est exclu·e : le comportement est identique mais le sens relationnel est très différent.

 

Dans la majorité des cas, le·la partenaire qui like le fait dans un sentiment (à tort) de « liberté ».

En réalité il·elle met son couple en péril s’il·elle est découvert·e.

Ce·tte partenaire devrait réfléchir à

« je fais ce que je veux, je suis libre MAIS au détriment de quoi pour moi ? Pour mon couple ? ».

 – réflexion…

 

D’autres fois le problème n'est pas le réseau mais l'asymétrie dans le couple : un conflit ne nait pas forcément du fait qu'un·e partenaire regarde du contenu ou échange avec quelqu'un, mais du fait que cela est caché (et si c’est minimisé ou nié, ça devient pire).

Ambiguïté ou trahison ?

 

Les réseaux sociaux peuvent rendre visibles des comportements qui existaient déjà avant.

Avant, personne ne savait si son partenaire regardait une inconnue dans la rue ou entretenait une complicité avec une collègue de travail.

Sauf qu’aujourd'hui les comportements sur les réseaux laissent des traces (au sens propre comme au sens figuré...).

Je veux dire que les réseaux n'ont peut-être pas créé de « nouvelles » infidélités : ils rendent plus observables des comportements auparavant invisibles.


 

La tentation peut être présente à tout moment : donc « facile ».

Cela change aussi la nature de la tentation : difficile en consultation de faire la différence entre « affectif » et « narcissisme » et cela brouille les frontières entre un like et un engagement émotionnel.

 

Je crois aussi qu'il y a une distinction clinique entre jalousie et rupture de confiance : on peut être jaloux d'un comportement qui ne constitue pas une infidélité.

 À l'inverse on peut vivre une véritable rupture de confiance sans qu'il y ait eu de contact physique.

Ce qui est atteint, c'est parfois davantage le sentiment de sécurité dans le lien que l'exclusivité sexuelle.

 

Chacun·e a son curseur perso.

 

 


L’infidélité est très (trop) souvent associée à un acte découvert « par hasard ».

Mais cela a commencé des semaines voire des mois avant.

Les choses ne commencent jamais du jour au lendemain.

 

Tant que cette ligne n’a pas été franchie, il est tentant de se rassurer en se disant : « après tout je n’ai rien fait ».

C’est ce message qu’on attend avec un peu d’impatience.

Ce déjeuner qu’on passe sous silence.

Cette conversation qui se prolonge uniquement lorsque son·sa partenaire est absent·e.

Ce téléphone que l’on regarde « instinctivement ».

 

Être en couple ne signifie ni cesser d’être attiré·e par les autres, ni devenir insensible : il est normal de croiser quelqu’un qui nous séduit, nous stimule, qu’il s’agisse d’une attirance intellectuelle, émotionnelle ou physique.

Mais ce n’est pas parce qu’on regarde le menu qu’on entre dans le restaurant.

 

La vraie question n'est pas d’interdire ses ressentis, mais d'assumer la suite…

Il ne s'agit pas du besoin légitime d'avoir un jardin secret, mais de ce glissement où l'on commence à ajuster ses comportements parce qu'on sait, au fond, que ce qui se passe ailleurs blesserait notre partenaire s'il ou elle l'apprenait.

 

La situation devient plus délicate lorsque cette personne extérieure devient aussi celle auprès de qui l’on se confie sur son couple, ses frustrations ou les difficultés de la relation : car à partir de là, il ne s’agit plus seulement d’une attirance : une forme d’intimité se construit autour de ce qui fragilise déjà le lien conjugal.

 

Ainsi la vraie question n’est pas :« Ai-je le droit de ressentir cela ? »

Mais plutôt : « Que vais-je CHOISIR d’en faire ? »

 

Je ne sais plus quel philosophe disait que « choisir, c’est renoncer ».

 

Car une liaison ne naît pas toujours d’une décision spectaculaire : elle se construit souvent à travers une succession de petits renoncements aux limites que l’on s’était fixées, chacun paraissant suffisamment anodin pour que l’on puisse continuer à croire qu’il ne se passe rien.

Et parfois, le premier pas n’est ni un baiser ni une baise : c’est le secret.

 

Non pas le droit légitime à préserver une part de vie privée, mais ce moment où l’on commence à cacher certains comportements parce que l’on sait qu’ils blesseraient son·sa  partenaire s’il·elle les découvrait.

La fidélité ne consiste donc pas uniquement à s’interdire certains actes : elle repose aussi sur une question de cohérence avec ses propres valeurs :

 

« Qu’est-ce que je souhaite protéger dans mon couple lorsque personne ne me voit ? »

 

Chacun·e a son curseur perso.



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