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Le chemsex.

Photo du rédacteur: Jean-Luc Morcello
Jean-Luc Morcello
26 août
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 sept.


De quoi parle-t-on ?

 

Le chemsex (contraction de chemical et sex) désigne l'utilisation de substances psychoactives avant ou pendant une activité sexuelle dans le but d'en modifier l'expérience : intensifier le plaisir, explorer de nouvelles pratiques, prolonger les rapports, diminuer les inhibitions ou favoriser le sentiment d’intimité avec le ou les partenaires.

 

Historiquement, le phénomène s'est développé dans certains milieux gays de grandes villes comme Londres, avant de se diffuser plus largement, y compris vers des milieux hétérosexuels libertins, parfois dans un cadre festif ou privé.

Les modalités, les produits consommés et les motivations diffèrent selon les populations.

 

Les données de prévalence restent difficiles à établir avec précision, mais plusieurs études convergent : selon le rapport remis au ministère de la Santé en 2022, la pratique concerne entre 13 et 20 % des HSH interrogés dans les enquêtes disponibles, soit environ 200 000 personnes en France (Sidaction, 2025).

Chez les usagers de la PrEP (traitement préventif contre le VIH destiné aux personnes qui n'ont pas le VIH mais qui souhaitent réduire leur risque de l'acquérir), une enquête de Santé publique France évoque une proportion avoisinant 20 %, et l'étude ERAS 2021 rapporte 22 % de pratique du chemsex chez les hommes séropositifs ayant des rapports avec des hommes.

 

Les associations de terrain insistent sur l'importance de distinguer le chemsex (pratique consentie entre adultes) de la soumission chimique où des substances sont administrées à l'insu d'une personne pour commettre une agression.

 

En tant que professionnel de la santé sexuelle, il convient d'aborder ce phénomène de manière objective : si la recherche de plaisir en est le moteur initial, l’utilisation de molécules psychoactives comporte d’importants (parfois vitaux) enjeux physiques, psychiques et relationnels

 

Quels produits sont utilisés ?

 

Les substances rencontrées varient selon les contextes.

Parmi les plus fréquentes figurent :


  • les cathinones de synthèse (3-MMC, 4-MMC, 4-MEC et autres dérivés) qui sont des substances proches des amphétamines → forte euphorie, hausse de libido et réduction de la fatigue ;

  • le GHB (narcoleptique) ou le GBL (décapant industriel) → effet désinhibant et intensification des perceptions corporelles ;

  • la méthamphétamine → énergie, euphorie, désinhibition ;

  • la cocaïne → euphorie, performance, diminution de la fatigue ;

  • la MDMA (ecstasy) → connexion émotionnelle, euphorie, énergie ;

  • plus occasionnellement la kétamine (anesthésique) → modification de la réceptivité sensori-corporelle.


Certaines personnes associent également plusieurs substances, parfois avec de l'alcool ou des médicaments favorisant l'érection.

Les sessions peuvent se prolonger sur plusieurs heures, voire plusieurs jours (drogues.gouv.fr).

 

ATTENTION ces associations augmentent le risque d'effets indésirables graves et d'interactions médicamenteuses.


Il convient également de distinguer le slam, qui désigne l'injection intraveineuse de substances dans un contexte sexuel. Cette pratique expose à des risques spécifiques liés à l'injection.

 

Cet article ne détaille volontairement pas les modes de consommation, dosages ou associations de produits : ces informations relèvent de professionnels de santé et des structures spécialisées en réduction des risques (voir plus bas), seules à même de délivrer un accompagnement individualisé.

 

Les risques

 

Les conséquences du chemsex dépendent des produits utilisés, des doses, de la durée des sessions, de la fréquence des consommations et de l'état de santé de la personne.

Les ressources de santé publique et les associations spécialisées identifient plusieurs catégories de risques, sans qu'ils concernent systématiquement toutes les personnes pratiquant le chemsex :

 

Risques physiques

 

  • intoxication aiguë ou surdosage ;

  • infection ;

  • déshydratation et épuisement physique ;

  • troubles cardiovasculaires ;

  • perte de connaissance (notamment avec le GHB/GBL) ;

  • accélération du rythme cardiaque et hausse de la tension ;

  • hyperthermie et déshydratation (surtout en milieu festif) ;

  • diminution de la douleur ;

  • complications liées aux injections lorsqu'il y a slam.

Les risques augmentent fortement en cas de mélange de plusieurs substances ou d'association avec l'alcool.


Risques psychologiques

 

  • anxiété, agitation, crises de panique après les consommations ;

  • insomnie ;

  • isolement ;

  • dépression ;

  • hallucinations ou épisodes psychotiques ;

  • forte envie de reprendre une dose (craving) ;

  • sensation de détachement du corps ou de l'environnement (dissociation) ;

  • modification de la perception du temps, de l'espace et des sons ;

  • développement d'une dépendance.

 

Risques sexuels

 

  • augmentation du nombre de partenaires ;

  • rapports sexuels moins protégés ;

  • exposition accrue aux infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH ;

  • traumatismes génitaux ou anaux liés à la durée ou à l'intensité des rapports.

 

À moyen terme, un phénomène de conditionnement peut s'installer : la sexualité sobre devient perçue comme fade ou techniquement difficile, créant une dépendance où le rapport sexuel ne semble plus envisageable sans produit.

 

Ces risques ne sont pas systématiques mais justifient une approche de prévention adaptée.

 

Comment réduire les risques ?

 

Les pouvoirs publics et les associations françaises (Santé publique France, AIDES, la Fédération Addiction, Actions Traitements, le Crips) plaident pour une approche non stigmatisante, fondée sur la réduction des risques plutôt que sur la seule interdiction.

 

Les principales recommandations sont :

 

  • l'information sur les interactions à éviter et les signes d'alerte délivrée par des professionnels formés ;

  • éviter les mélanges ;

  • connaître les effets et la durée d'action des produits consommés ;

  • s'hydrater régulièrement et prévoir des périodes de repos ;

  • ne jamais rester seul ;

  • utiliser du matériel stérile en cas d'injection ;

  • recourir au préservatif ou à la PrEP lorsqu'elle est indiquée pour la prévention du VIH ;

  • effectuer un dépistage régulier des IST ;

  • consulter rapidement en cas de malaise, de perte de contrôle des consommations ou de difficultés psychologiques.

  • pouvoir parler de sa consommation sans crainte du jugement, à un médecin, un CSAPA (Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie) ou une association spécialisée.

 

Concrètement :


  • Préparer les sessions : fixer des limites à froid, informer une personne de confiance du lieu de la rencontre, et éviter d'enchaîner les journées sans sommeil ni alimentation ;

  • Gérer les dosages : doser le GHB/GBL avec du matériel de précision (seringue graduée sans aiguille) et utiliser un minuteur pour espacer rigoureusement les prises ;

  • Matériel à usage unique : ne jamais partager les pailles de sniff, matériel d'injection ou lubrifiants afin de prévenir la transmission de l'hépatite C et du VIH ;

  • Prévention médicale : recourir à la PrEP (traitement pré-exposition pour le VIH), se faire vacciner (hépatites A et B, mpox) et effectuer des dépistages réguliers des IST.



Quand consulter ?

 

Une consultation auprès d'un médecin, d'un sexologue, d'un addictologue ou dans un centre spécialisé peut être indiquée lorsque :

  • la sexualité devient difficile sans consommation de produits ;

  • les consommations deviennent plus fréquentes ou plus importantes ;

  • des conséquences apparaissent sur la vie affective, familiale ou professionnelle ;

  • une dépendance est suspectée ;

  • des épisodes d'angoisse, de dépression ou de perte de mémoire surviennent après les sessions.

 

Rappel : les professionnels de santé privilégient aujourd'hui une approche globale, intégrant à la fois la santé sexuelle, la santé mentale et les conduites addictives, dans un cadre confidentiel et non stigmatisant.

 

En conclusion

 

Le chemsex est une pratique réelle, en progression en France, qui touche des publics divers mais reste surtout documentée chez les hommes ayant des relations avec des hommes (HSH).

 

Les motivations sont aussi multiples que les profils des personnes concernées.

Si certaines personnes ne rencontrent pas de difficultés majeures, d'autres peuvent développer des complications médicales, psychologiques ou sociales importantes et graves.

Les personnes concernées, comme les proches qui souhaitent les soutenir et s’informer, peuvent trouver aujourd'hui en France des interlocuteurs formés, gratuits et anonymes.

 

En cas d'urgence

 

Un malaise, une perte de connaissance, une confusion importante ou des convulsions après une prise de produits constituent une urgence médicale.

Il n'existe aucun risque juridique à appeler les secours pour soi-même ou pour autrui : contactez le 15 (SAMU) ou le 112.

 

Aide et information :

 

  • Drogues Info Service : 0 800 23 13 13.

  • AIDES : aides.org

  • CSAPA et CAARUD : accueil gratuit, anonyme et sans jugement partout en France, pour un accompagnement individualisé.

  • Sida Info Service : 0 800 840 800.



Jean-Luc Morcello · Sexologue · jlmsexo.com

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