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Sexualité, internet et réseaux sociaux

  • Photo du rédacteur: Jean-Luc Morcello
    Jean-Luc Morcello
  • il y a 6 jours
  • 7 min de lecture

Aujourd’hui n’importe quelle question trouve sa réponse en quelques millièmes de secondes sur un moteur de recherche : quoi de plus tentant que se tourner vers internet et les réseaux sociaux pour ses difficultés sexuelles ?

C'est rapide, gratuit et surtout anonyme : on évite la gêne de se dévoiler.

(enfin… anonyme… pas tout à fait hélas, du fait des traqueurs).

 




Pourtant, derrière cette apparente facilité se cache une réalité préoccupante, que je rencontre de plus en plus dans mon cabinet (d’où l’idée d’écrire cet article) : un nombre croissant de personnes (seules et couples) me disent qu’elles viennent me voir après s’être informées sur Internet de leur problématique.

 

En soi c’est parfaitement légitime.

Ce qui est préoccupant, est qu’elles ont les bons renseignements 1 fois sur…5.

80% arrivent avec des informations soit fausses, soit inadaptées à leur problématique.

C’est juste énorme !

D’où un important travail en consultation pour rétablir la vérité.

 

80% : c’est le chiffre issu de ma propre expérience clinique, pas une moyenne nationale.

 

Et il ne concerne que des adultes. Je suppose que chez les ados c’est pire.

 

Un terrain miné

 

Les réseaux sociaux mettent souvent en avant une sexualité idéalisée.

Les corps paraissent parfaits, les performances semblent extraordinaires, les rapports sexuels sont présentés comme toujours spontanés, intenses et sans difficulté.

 

Cette fausse représentation peut entrainer des inquiétudes :

  • « Suis-je normal·e ? »

  • « Pourquoi mon désir est différent ? »

  • « Pourquoi mon couple ne ressemble-t-il pas à ce que je vois ? »

  • « Pourquoi n'ai-je pas autant de rapports sexuels ? »

 

En réalité la sexualité humaine est extrêmement variée car les difficultés, les périodes de baisse de désir, les différences entre partenaires ou les questionnements font partie de la vie sexuelle de nombreuses personnes.

Comparer sa réalité aux images sélectionnées et mises en scène sur Internet peut favoriser l'anxiété, la culpabilité et une baisse de l'estime de soi.

 

Les « experts » autoproclamés


Les réseaux sociaux ont vu apparaître de nombreux créateurs de contenu qui parlent de sexualité : certains sont des professionnels de santé qualifiés, mais beaucoup ne disposent d'aucune formation spécifique.

Le problème est que ces recommandations sont souvent inexactes, non personnalisées, simplifiées à l'extrême ou motivées par des intérêts commerciaux.

 

Les forums, les vidéos courtes, les comptes (soi-disant) « spécialisés » sur les réseaux sociaux donnent l'illusion d'un savoir accessible et validé – crédibilisé - par le nombre de vues ou de likes.

 

Évidemment la popularité d'un contenu n'a aucun rapport avec sa fiabilité scientifique.

Le fait qu'une information soit largement diffusée ne signifie pas qu'elle soit exacte.

 

N'importe qui peut publier une vidéo expliquant comment « durer plus longtemps », « atteindre l'orgasme à tous les coups » ou « faire grimper aux rideaux son ou sa partenaire » : sans aucune formation médicale, psychologique ou sexologique.

 

Pour faire le tri

Trois critères simples à regarder :

  • le diplôme est mentionné clairement dans la bio ou le profil

  • les sources sont citées (études, institutions de santé)

  • le compte ne vend rien en parallèle de ses conseils (produits, "coachings" non encadrés)

 

Les « experts » autoproclamés sont connu·es des Autorités de Santé : plusieurs études médico-sociales détaillent avec précision :

  • « qui » sont les influenceurs·euses ;

  • sur quelles plateformes ils·elles délivrent leurs messages (très souvent ils·elles opèrent sur plusieurs plateformes) ;

  • pour chaque influenceur·euse : la variabilité de leurs messages qui s’adaptent aux plateformes ;

  • les populations touchées, lesquelles interagissent et de quelle manière, et lesquelles ne font que « consommer ». Le « comportement » pour faire simple ;

  • et bien sûr… les revenus générés sur chaque plateforme.

 

Le problème ne tient pas seulement à l'absence de compétence des auteurs, mais aussi à la logique même des plateformes : les algorithmes favorisent les contenus qui suscitent une réaction forte et rapide : la surprise, l'angoisse, le sentiment d'urgence.

Une information nuancée, qui rappelle que la sexualité varie d'une personne à l'autre, ne fonctionne pas sur ces formats.

 

Ce sont donc les messages les plus simplistes, les plus anxiogènes ou les plus spectaculaires qui sont mis en avant.

 

Logique de fonctionnement détaillée


Les messages délivrés sur les réseaux sociaux et par les influenceurs·euses suivent peu ou prou la même construction :

 

« Salut les copines, faut que je vous raconte un truc qui m’est arrivé récemment »

 

Là déjà ça part bien : une personne va dévoiler son intimité… à tout le monde !

Est-ce que ça vous viendrait vous-même à l’idée ??

Mais bon, puisqu’on est « entre copines »… ou comment donner l’illusion d’une intimité dans la masse.

 

« Il faut dire que c’est tellement ouf que ça a mis le bordel dans mon couple je vous le cache pas »

 

Là on capte l’attention, on « accroche » : mais quelle est donc cette chose terrible qui arrive ?

« je vous le cache pas » : tellement honnête…

Et on joue sur un moteur très (très) puissant : l’anxiété. C’est ça qui accroche : son couple a failli voler en éclat….

Du genre que ça pourrait vous arriver aussi.

 

« Heureusement j’ai trouvé la solution, ça marche à tous les coups, voici ce qu’il faut faire »

 

Ouf ! Nous voilà rassurés. Tout le monde applaudit et on est bien content pour elle – et son couple ! Happy ending.

Sauf que cette « solution qui marche à tous les coups » ne concernait qu'elle, dans son cas à elle, à ce moment précis de sa vie.

Décalage.

 

Bon… on a vu que le vers était dans la pomme dès le départ. Voyons maintenant l’étendue de la contamination :

 

La sexualité varie d'une personne à l'autre. Chaque cas est unique et contextuel.

Généraliser est une formidable erreur sexologique, médicale, scientifique.

Cette « fameuse solution qui sauve la vie » ne concerne que l’influenceuse que dans son cas à elle – elle ne peut donc pas marcher « à tous les coups », ni être universelle.

Exposée sans nuance ni évaluation individuelle, c’est ignorer que les difficultés sexuelles ont souvent des causes multiples : physiques, psychologiques, relationnelles, contextuelles.

Ce qui fonctionne pour une personne peut être inadapté, voire contre-productif, pour une autre.

 

Et les « copines » alors ?

Voici ce qu’elles se diront :

  • « si ça a marché pour elle, ça doit forcément marcher pour moi » → ça ne marche pas

  • « ah oui mais ça n’a pas marché pour moi, donc c’est moi qui ne suis pas normale »

 

Et là……. La solution miracle de l’influenceuse entraine culpabilité, anxiété, baisse de l'estime de soi comme déjà dit plus haut.

Merci la super-copine.

 

Le risque (réel) est de finir par se comparer à des références totalement irréalistes.

Cette comparaison permanente génère de l'anxiété de performance, une perte de confiance en soi, parfois même de véritables troubles sexuels qui n'existaient pas avant cette exposition.

 

Une désinformation potentiellement dangereuse pour la santé


Au-delà de la désinformation générale, certains contenus présentent un risque concret pour la santé physique : c'est le cas par exemple de pratiques présentées comme sûres alors qu'elles comportent des risques réels, de conseils erronés sur la contraception, les infections sexuellement transmissibles ou les méthodes de prévention par exemple.

Lorsque ces informations ne sont pas vérifiées, elles peuvent conduire à des prises de risques inutiles ou à des prises en charge tardives de problèmes de santé.

 

Une mauvaise information peut avoir des conséquences concrètes :

  • retard de diagnostic médical ;

  • anxiété inutile ;

  • mauvaise utilisation d'une contraception ;

  • idées fausses sur les infections sexuellement transmissibles ;

  • difficultés dans la vie de couple ;

  • culpabilité ou honte concernant certaines pratiques pourtant normales.

 

La désinformation peut aussi entretenir des stéréotypes ou des préjugés qui nuisent au respect de soi et des autres.

 

Il existe également un marché actif de produits ou de « coachings » douteux, qui exploitent la détresse et la gêne des internautes pour vendre des prestations coûteuses et sans fondement scientifique.

 

Un impact particulier chez les ados

 

Les adolescents et jeunes adultes sont une population particulièrement exposée car la sexualité se construit en grande partie pendant cette période, et internet est souvent la première source d'information, avant même l'éducation sexuelle scolaire (ok je ne vais pas rentrer dans les difficultés d’application du programme EVARS….) ou les échanges avec des adultes de confiance.

Or, l'exposition précoce à des contenus pornographiques ou à des discours non encadrés peut fausser durablement la compréhension du consentement, du plaisir mutuel et du respect du corps de l'autre.

 

Que faire alors ?

 

Il ne s'agit pas de diaboliser internet, qui peut aussi être une porte d'entrée utile vers une prise de conscience ou vers des ressources sérieuses.

 

Il ne s’agit pas non plus d'opposer les réseaux sociaux aux professionnels de santé : de nombreux médecins, sages-femmes, psychologues et sexologues y diffusent des contenus de grande qualité.

 

Le but est plutôt d'apprendre à distinguer une information fiable d'un contenu racoleur ou commercial, et de garder à l'esprit quelques principes simples :

  • une information sur la sexualité mérite d'être vérifiée, comme n'importe quelle information de santé ;

  • méfiez-vous des promesses de résultats rapides, des généralités présentées comme des vérités universelles, et des comptes qui vendent un produit en parallèle de leurs conseils.

 

Internet ne remplacera jamais une consultation personnalisée.

 

Chaque personne possède une histoire, un corps, des valeurs, des expériences et un contexte relationnel qui lui sont propres. Les réponses adaptées à une personne ne le seront pas nécessairement pour une autre.

En cas de douleur, de difficulté sexuelle persistante, de baisse de désir, de questionnement sur son orientation, son identité, son fonctionnement sexuel ou sa vie de couple, il est préférable de consulter un professionnel qualifié.

Une prise en charge individualisée permet d'obtenir des informations fiables, adaptées à sa situation et respectueuses de ses besoins.

 

Si une difficulté persiste, vous inquiète ou affecte votre bien-être, le plus sûr reste d'en parler à un professionnel formé : médecin, sexologue ou psychologue spécialisé. Nous prenons en compte votre propre histoire, votre propre contexte et votre singularité, ce qu'aucune vidéo généraliste ne peut faire.

 

La sexualité est un domaine intime, complexe et profondément personnel.

Elle ne se résume pas à des techniques ou à des performances standardisées, et encore moins à ce que les algorithmes choisissent de mettre en avant.

 

Se renseigner est une excellente démarche, mais elle gagne à être accompagnée d'un regard critique sur les sources, et complétée, lorsque cela est (souvent) nécessaire, par l'accompagnement d'un professionnel.



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