Comprendre la sexologie
- Jean-Luc Morcello

- 27 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Parler de sexualité (surtout la sienne 😊) est un sujet délicat. C’est bien compréhensible !
C'est révéler pour la première fois la part la plus intime de soi - personne n'aurait cru avoir à le faire un jour !
On veut préserver notre cocon jusqu'au bout quoi qu'il en coûte mais devoir le percer : c'est la déchirure ultime.
D'après mon expérience c'est systématiquement toujours parce que la souffrance s'est insidieusement accumulée jusqu'à dépasser le seuil tolérable → il faut percer.
C'est ressenti comme une mise à nu·e désormais obligée : un échec dont l'aveu n'est plus retardable.
C'est placer une confiance imposée dans le thérapeute inconnu que je suis.
C'est difficile à mettre en mots, la souffrance, les émotions sont tellement saturées qu'elles deviennent extraordinairement difficiles à traduire : parce que l'on ne comprend pas ce qui arrive, parce que l'on ne se connait pas si bien qu'on le pensait, parce que son couple n'est pas si fort qu'on l'idéalisait, ou par méfiance (de moi thérapeute ou de soi-même ??), ou par pudeur, ou parce qu'on n'a jamais appris à le faire.
Les attentes et espoirs sont tout aussi difficiles à clarifier eux aussi. Parfois pas.
Je mesure quotidiennement l’espoir que nourrissent les hommes (87 % de ma patientèle) et les femmes lorsqu’ils·elles franchissent le pas de mon cabinet. Peu le voient comme un sanctuaire.
Je commence depuis peu à leur dire que c'est un acte courageux, pendant que le café coule.
Je le pense vraiment.
La réaction est toujours la même : personne ne s'attend à l'entendre. Personne ne sait quoi répondre immédiatement, mais le visage et la posture parlent d'eux-mêmes. Approbation, reconnaissance muettes.
Le début d'une alliance thérapeutique ?
Je regrette seulement ne pas l'avoir dit auparavant.

Mais l'anamnèse révèle trop souvent que les problématiques et les souffrances sont étouffées d'idées reçues, de fausses croyances autour de l'imaginaire érotique, de la sexualité, du couple.
Bien sûr les traumatismes ont des conséquences refoulées dévastatrices. Bien sûr une compréhension claire, expliquée, nuancée et bienveillante est essentielle au bien-être individuel et relationnel.
J’irai même jusqu’à dire (mais ça n’engage que moi) : bien-être individuel : d’abord, relationnel : ensuite (en tant que conséquence).
La sexologie et l’éducation à la sexualité jouent un rôle important dans cette démarche : elles offrent des repères, des connaissances et surtout de la compréhension.
Qu’est-ce que la sexologie ?
La sexologie est une discipline humaine transversale (= pluridisciplinaire) qui étudie la sexualité dans toutes ses dimensions : biologique, psychologique, émotionnelle, relationnelle, sociale et culturelle.
Elle ne se limite pas qu'aux actes sexuels ou aux dysfonctionnements (non ponctuels) : la sexologie s’intéresse aussi au désir, au plaisir, à l'imaginaire, à l’identité sexuelle et de genre, à l’orientation sexuelle, aux relations affectives, à la communication dans le couple, à l’impact de l’histoire personnelle et du contexte familial et social sur la vie intime.
Son but ? Aider. Soulager les personnes en souffrance. Apporter compréhension et solution·s.
J’interviens dans la prévention, le diagnostic, le traitement et le suivi des troubles liés à la sexualité, en proposant des prises en charge adaptées, en respectant la singularité de chaque parcours.
Rôle du sexologue

Le·la sexologue peut être un·e médecin (gynécologue, urologue, généraliste) ou un·e psychologue-sexologue, ou un·e sexothérapeute, selon son parcours.
Son rôle est d’accompagner les individus ou les couples confrontés à des difficultés sexuelles et de jouer un rôle de prévention et d’éducation sexuelle.
Sa position n’est pas de juger (j’ai l’habitude de dire que si j’avais voulu juger les gens j’aurai fait juge ou inspecteur de police – des métiers que je respecte. Au lieu de ça j’ai choisi d’aider les gens) ;
Ni de prescrire une « norme » sexuelle. Quel mot affreux dans ce contexte !
Je n'aime pas ce mot. Je m'en méfie. J'ai du mal à lui trouver une place dans les sciences humaines.
La sexologie ne prescrira jamais de « norme », cela ne veut rien dire. Ce serait un profond irrespect de chaque individualité dans sa singularité.
Non, le rôle d’un·e sexologue est d’accompagner les personnes dans la compréhension de leur vécu, de leurs difficultés et de leurs questionnements.
Cela peut concerner des problématiques très variées : troubles du désir ou de l'imaginaire érotique et sexuel, douleurs pendant les rapports, difficultés érectiles ou éjaculatoires, absence d’orgasme, syndromes liés à l'âge, la grossesse, l'adolescence, les questionnements identitaires, une communication peu efficace dans le couple (même si on la croit « bonne »), et bien d'autres.
Les consultations permettent d’aborder ces sujets dans un cadre bienveillant et non jugeant. L’objectif est toujours de créer un espace de confiance, où chacun·e peut exprimer ses questions sans tabou ni jugement.
Le·la sexologue intervient à différents niveaux : en consultation individuelle ou de couple, mais aussi dans des contextes éducatifs, associatifs ou institutionnels.
Il ou elle contribue partout à créer des espaces sécurisants où la parole peut circuler librement.
Cette approche permet de clarifier les questionnements, de rappeler que chaque vécu sexuel est singulier, de soutenir l’autonomie, la compréhension de soi et la qualité de la relation à l’autre.
Méthodes et outils des sexologues
En consultation, nous utilisons une palette d’outils reconnus et adaptés :
Entretiens individuels ou de couple : pour explorer les difficultés et proposer des solutions personnalisées ;
Visio : elle permet un accès facilité, surtout pour les personnes éloignées, âgées ou en situation de handicap ;
Questionnaires : pour évaluer les troubles et mesurer les progrès (toujours garder en tête qu’aucun questionnaire médical ou sexologique n’a valeur de diagnostic !) ;
Matériel de démonstration : bien évidemment il ne s’agit pas de démonstration sexuelle, mais d’un outil pédagogique permettant de rendre des sujets parfois abstraits, intimes ou gênants plus concrets et plus accessibles ;
Exercices (souvent ludiques et sympas !) à faire chez soi, seul·e ou en couple, par exemple pour favoriser l’autoérotisme, lâcher prise, écouter son corps, ou communiquer plus efficacement en couple ;
Approche pluridisciplinaire : en collaboration – si nécessaire - avec d’autres professionnels de santé pour une prise en charge globale ;
Et..... du café ! 😊

Éducation à la sexualité
Lorsque l’on parle d’éducation à la sexualité, il ne s’agit pas uniquement d’anatomie, de contraception ou de prévention des infections sexuellement transmissibles.
Bien sûr ces aspects sont importants mais cela va au-delà : elle vise à transmettre des connaissances, apprendre à écouter son corps, à exprimer ses limites et à respecter celles des autres, développer une relation saine à soi et aux autres.
Elle aborde aussi des thèmes tels que : consentement, estime de soi, émotions, imaginaire, relations affectives, diversité des orientations sexuelles et des identités de genre, ainsi que l’influence des médias et de la pornographie.
Elle s’adapte à chaque âge et à chaque étape de la vie, de l’enfance à la vieillesse - car la sexualité évolue constamment.
Les recherches montrent qu’une éducation à la sexualité de qualité est associée à une meilleure capacité à faire des choix éclairés, à une diminution des comportements à risque et à une réduction des violences sexuelles (OMS, UNESCO).
Pourquoi est-elle si importante ?
Parce que trop de personnes construisent encore leur sexualité à partir de sources peu fiables et dommageables, générant fausses croyances, idées reçues, anxiété, culpabilité ou attentes irréalistes.
À l’inverse, une éducation adaptée permet de prévenir ces difficultés, réduire les violences sexuelles et favoriser des relations basées sur le respect (y compris de soi-même).
En consultation, je rencontre quasiment toujours des personnes qui n’ont jamais eu d’espace pour poser des questions simples sur leur corps ou leur désir - c'est chez moi qu'elles viennent les trouver.
Mettre des mots et des explications est déjà thérapeutique.
Toute la vie
La sexualité ne se limite pas à l’adolescence ou à la vie de couple : elle évolue tout au long de la vie, en fonction de l’âge, des expériences, de la santé, des événements de vie et du contexte culturel.

Une éducation à la sexualité adaptée à chaque étape de la vie favorise une meilleure connaissance de soi et contribue à prévenir difficultés évoquées plus haut.
De nombreuses études montrent qu’une éducation à la sexualité de qualité est associée à une diminution des violences sexuelles, à une meilleure capacité à poser ses limites et à une plus grande satisfaction relationnelle.
À l’inverse, le silence et la désinformation peuvent renforcer la culpabilité et l’isolement liés à une méconnaissance du corps et du désir.
J’ai toujours constaté (d’ailleurs comme tous mes confrères et consoeurs avec qui j’en ai parlé) que nos patient·e·s consultent trop tardivement, parfois même après des années de souffrance silencieuse.
Mettre des mots sur les expériences, déconstruire les mythes et rétablir une vision plus réaliste de la sexualité constitue souvent un levier thérapeutique majeur, comme l’ont montré les travaux fondateurs de Masters et Johnson.
(Masters & Johnson sont les fondateurs de la sexologie moderne. Pour vite le dire ils sont à la sexologie ce que Freud est à la psychanalyse).

Vers une sexualité plus consciente et épanouie
Comprendre la sexologie c’est comprendre que la sexualité fasse partie intégrante de la santé et du bien-être.
→ Je vous renvoie à mon post dédié.
S’informer, se questionner et parfois se faire accompagner sont des démarches légitimes et bénéfiques.
En tant que sexologue, je suis convaincu que plus nous ouvrons le dialogue sur ces sujets, plus nous favorisons une société où la sexualité est vécue avec conscience, respect et sérénité.
Je suis convaincu que l’information, la prévention et l’accompagnement bienveillant sont les clés d’une sexualité saine et heureuse, à tout âge.
Mon rôle est de créer un espace sécurisant où les questions peuvent être posées librement, sans peur du jugement. Mettre des mots sur les vécus, répondre aux interrogations et offrir des repères fiables constitue souvent une première étape thérapeutique.

Jean-Luc Morcello



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