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Les fantasmes - Comment l'imaginaire habille ou déshabille la sexualité

  • Photo du rédacteur: Jean-Luc Morcello
    Jean-Luc Morcello
  • 25 janv.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours



Les fantasmes sont une activité mystérieuse, intime, secrète, qui constituent une part essentielle de la vie psychosexuelle humaine.

 

Comprendre les fantasmes et leurs fonctions enrichit notre sexualité, améliore la connaissance de soi et peut être un levier puissant pour traiter les traumatismes ou les dysfonctions sexuelles.


Alors que sont réellement les fantasmes et quels rôles jouent-ils ?



Définitions et natures des fantasmes

 

Le fantasme est une construction mentale, parfois consciente, parfois inconsciente, toujours symbolique, où l’imaginaire sexuel prend le pas sur la réalité et a pour but une excitation sexuelle la plupart du temps.

Le fantasme est une émanation de l’inconscient.

 

Le fantasme est un indicateur de la richesse et de la flexibilité de notre sexualité, comme de sa pauvreté ou sa rigidité.



Fantasmer ne signifie pas concrétiser.


Le fantasme n'est pas le passage à l'acte mais permet d'agir en ouvrant la voie de l'imaginaire.

Il s’agit avant tout de notre jardin secret, qui n’appartient qu’à nous et nous seul, et pour lequel nous n’avons pas de compte à rendre.

L’esprit y explore des désirs, des scénarios ou des identités sans contrainte ni risque ni justification.

 

Les fantasmes sont extrêmement variés : certains mettent en scène des situations interdites, d'autres des situations morales… ou pas, d’autres prolongent ou intensifient des expériences vécues, d’autres répondent simplement à un besoin de nouveauté ou d’exploration psychique, d'autres sont l'exorcisme d'un traumatisme.

 

Un rôle important du fantasme est de nous aider à nous connaître : nos désirs imaginaires révèlent des dimensions de notre sexualité que nous n’oserions sans doute pas exprimer dans la réalité : par exemple, un fantasme de domination ou de soumission peut indiquer un besoin de libérer certaines tensions émotionnelles ou de jouer avec des dynamiques de pouvoir de manière symbolique et sûre, sans danger concret.


Quand apparaissent les fantasmes ?


Le fantasme est un développement psychique précoce acquis en même temps que l'acquisition du symbole entre 2 et 7 ans (Jean Piaget, biologiste et psychologue suisse mondialement connu pour sa théorie du développement cognitif).


Puis sa nature évolue tout au long de la vie.


Faisant suite à une période de latence, l'adolescence est une période charnière qui permet (en raison du réveil des pulsions sexuelles et de la capacité d'abstraction propre à cette période de la vie) l’organisation de la vie fantasmatique passant par la consolidation de scénarios privilégiés.


Chez l'adulte, l'interdit ou le manque nourrissent le fantasme dont le but est une excitation sexuelle.

À l'inverse, un trop-plein d'excitations peut appauvrir l'imaginaire et court-circuiter le fantasme.

Un fantasme central inconscient est souvent retrouvé (les scénarios, les lieux et les personnages peuvent changer mais l'idée centrale reste la même) : c'est celui qui a la plus forte valeur érogénique à un moment donné de sa vie ou actuellement. On parle de fantasme primaire pour désigner celui qui a le plus de valeur érogénique depuis le plus longtemps.


Ainsi l’imaginaire érotique se développe et se remanie au fil de l’existence, pouvant connaître, à certains moments, des fragilités.


Un fantasme est symbolique avant tout


On a vu que la faculté de fantasmer apparait tôt avec l'acquisition du symbolisme dans le développement psychique : la part symbolique du fantasme, c’est ce que le fantasme représente au-delà de son contenu imagé ou sexuel. C'est plus qu'une scène ou une image excitante : c'est une mise en forme symbolique d’un désir, d’un manque, d'un traumatisme, ou d’une question subjective.


Freud considérait à tort qu'il fallait absolument se libérer des fantasmes pour maintenir un équilibre psycho-affectif ("On peut dire que l’homme heureux n’a pas de fantasmes" - La création littéraire et le rêve éveillé 1908).

Chez Lacan, sa part symbolique est plus centrale : le fantasme est une structure qui soutient le désir et protège la personne de l’angoisse.


Ce qui compte n’est donc pas ce qui se passe dans le fantasme, mais ce que ça veut dire.


Exemple : un fantasme de domination :

Quelqu’un fantasme d’être attaché·e, dominé·e, privé·e de contrôle.

Contenu imaginaire (ce qu’on voit) : une scène précise, des gestes, des rôles, une dynamique de pouvoir.

→ Si on s’arrête là : on rate l’essentiel.


Symboliquement, ce fantasme peut révéler par exemple :

  • le désir de déposer sa responsabilité ;

  • le besoin d’être pris·e en charge par l’Autre ;

  • une mise en scène de perte de maîtrise qui apaise l’angoisse ;

  • parfois une façon de contourner la culpabilité : « ce n’est pas moi qui veux, c’est l’Autre ».

→ Le plaisir ne vient pas de la domination elle-même, mais de la position subjective qu’elle permet d’occuper.


Exemple : un fantasme d’être regardé·e :

Quelqu’un fantasme être observé·e, désiré·e, surpris·e.

Symboliquement :

  • ce n’est pas tant l’exhibition que le désir d’exister dans le regard de l’Autre ;

  • se sentir confirmé·e comme sujet de désir ;

  • répondre finalement à la question : « est-ce que je compte ? ».


Quand le fantasme est absent


Cela n'est pas rare en consultation.


D'une part, bien que la plupart du temps il s'acquiert tôt, il peut arriver parfois que certaines personnes aient besoin de temps, que cela soit progressif.

Toutes les personnes ne fantasment pas de manière consciente ou fréquente.


Il arrive parfois que l’absence de fantasme soit le reflet d’une sexualité très normative ou très adaptée aux attentes extérieures : le désir est alors organisé autour de scripts appris ou imposés, laissant peu de place à l’imaginaire personnel.


Enfin, l'imaginaire érotique peut être affaibli

selon les circonstances de la vie. 



Dans ma propre expérience clinique, l’absence de fantasme concerne uniquement des femmes ayant toutes subi des traumatismes sexuels jeunes. Parfois ce fut lors de leur premier rapport sexuel.

Lorsqu'on commence sa sexualité par quelque chose qui est commandé, imposé : on n'a pas eu le temps d'imaginer sa sexualité puis de la découvrir sainement et sereinement, en sécurité.

Comme une interdiction subie, imposée, commandée.

On peut supposer que cette interdiction initiale conduise ensuite ces femme à s'interdire inconsciemment la possibilité d’explorer leur sexualité, et par conséquent, de s’investir dans leur sexualité et leurs fantasmes.


Cette absence est liée à des mécanismes de défense : lorsque le fantasme est associé à des expériences précoces insécurisantes, le psychisme peut en limiter l’accès afin de se protéger : le fantasme devient alors un territoire interdit ou appauvri, non pas par manque de désir, mais pour éviter un débordement émotionnel.

 

Un fantasme doit-il être cohérent ?


Un fantasme avec un scénario incohérent se caractérise par une succession d’images, de situations ou de sensations qui ne suivent pas de logique apparente.

Cette incohérence n’est ni rare ni problématique, parce que l’imaginaire ne fonctionne pas selon les mêmes règles que la pensée rationnelle : un fantasme peut se construire sans nécessité de cohérence.


Nul besoin de logique pour stimuler le désir….

 

Ainsi, un fantasme au scénario incohérent n’est ni anormal ni inquiétant : il reflète simplement une manière différente de vivre l’imaginaire sexuel, plus intuitive, sensorielle ou émotionnelle.

 

D’ailleurs le fantasme n’a pas vocation à être cohérent : il a pour fonction d’évoquer, de stimuler et de faire ressentir.

Ce qui compte n’est pas l’histoire racontée mais l’intensité émotionnelle ou sensorielle ressentie.

 

Fonctions psychique des fantasmes

 

Les fantasmes remplissent des fonctions psychiques essentielles.

 

La première fonction du fantasme qui me vient à l'esprit est sa fonction hédoniste : en contribuant à la créativité sexuelle, il permet d’expérimenter mentalement des scénarios variés, ce qui peut stimuler l’imagination, diversifier les pratiques sexuelles et renforcer l’excitation.

 

Il agit aussi comme un régulateur émotionnel : il peut soulager le stress, améliorer l’humeur et fournir une évasion temporaire des pressions quotidiennes.


Il sert de mécanisme de compensation face à des traumatismes, frustrations sexuelles ou relationnelles.

 

Le fantasme est compris comme un espace intermédiaire entre la réalité psychique et la réalité externe : à ce titre il possède un pouvoir tampon essentiel : c’est un amortisseur psychique qui permet d’absorber, de transformer et de symboliser des tensions internes qui seraient trop envahissantes ou trop coûteuses si elles étaient directement agies dans la réalité (sécurisation).

 

Enfin, pour la sexualité du couple, le fantasme a un rôle préservateur : il permet de préserver un espace intime personnel, distinct de la relation, tout en soutenant le désir. Fantasmer ne signifie pas tromper ni se détourner de l’autre : c’est souvent une manière de préserver une autonomie psychique et de maintenir une vitalité érotique.

La reconnaissance de cet espace fantasmatique aide à réduire la culpabilité et les conflits liés aux attentes irréalistes de transparence totale dans le couple.

 

Sexoanalyse

 

Explorons davantage l’importance psychologique du fantasme : l’art qui consiste à partir d’un fantasme pour accéder à l’inconscient s’appelle la sexoanalyse.

La sexoanalyse permet de comprendre les fantasmes à leur source.


Elle doit beaucoup à Claude Crépault, sexologue et universitaire canadien spécialisé dans l'étude de la sexualité et de l'imaginaire érotique.

C'est dans les années 80 qu'il - le premier - évoque la nécessité d'accéder au sens caché des choses : grâce à lui, l’analyse de l’imaginaire s’impose comme un axe fondamental pour appréhender les mécanismes de l’érotisme et les perturbations de la sexualité.

 

Selon cette approche thérapeutique, les fantasmes ne sont pas de simples images érotiques mais des scénarios inconscients construits dès l’enfance, en lien avec l’histoire affective, les premières expériences corporelles, les relations aux figures d’attachement, et les messages explicites ou implicites reçus autour du corps, du plaisir et de l’interdit.

La sexoanalyse permet d’explorer ces scénarios répétitifs afin de comprendre comment ils influencent le désir, les choix de partenaires et les dynamiques relationnelles.

 

En consultation, les fantasmes sont abordés comme des scénarios inconscients qui se rejouent, souvent de manière stable, tout au long de la vie sexuelle d’un individu : par exemple certains fantasmes peuvent traduire une quête de reconnaissance, un besoin de réparation, ou une tentative de reprendre un contrôle symbolique sur des expériences passées vécues comme intrusives ou déstabilisantes.

 

En comprenant ce que le fantasme cherche à dire, le·la patient·e peut progressivement se réapproprier son désir, faire des choix plus libres et accéder à une sexualité plus alignée avec ses besoins actuels.

 

Ce qui m’amène à parler du couple :

 

Fantasme et relation de couple

 

Un fantasme peut légitimement rester secret toute une vie. Si on décide de le partager avec la personne aimé·e, cela doit se faire librement, en confiance, sans contrainte d’aucune sorte. Dans une relation, le fantasme peut devenir un outil d’intimité et de complicité s’il est partagé avec respect et consentement.

 

Les couples qui explorent ou discutent de leurs fantasmes de manière ouverte rapportent souvent une communication plus profonde et une meilleure satisfaction sexuelle : cela ne signifie pas que tout fantasme doive être réalisé, mais sa discussion peut créer un espace de confiance et de créativité.

Et pour se faire, la communication au sein du couple doit être placée sous le signe de la confiance, de la bienveillance et de toute absence de jugement.


D'un autre côté, travailler ses fantasmes avec un·e sexoanalyste peut être une thérapie efficace en cas d'antécédent de traumatisme (exemples : abus sexuel, viol), ou pour traiter des fantasmes obsédants, ou dans l'absence de désir, ou dans le cas de dysfonctions sexuelles non ponctuelles.

 

Vous l’aurez compris : révéler un fantasme n’est jamais une obligation, mais quand même, peut se révéler salvatrice pour donner à sa vie sexuelle une nouvelle dimension ou dans le cadre d'une thérapie.

 

Fantasmes et plaisirs


J’espère avoir réussi à vous convaincre que les fantasmes sont une composante essentielle de la sexualité : ils permettent de mieux se connaître, d’explorer ses désirs, de réguler ses émotions et d'exorciser des traumatismes.

Comprendre leurs fonctions, c’est accepter que notre imagination sexuelle soit un allié précieux capable de nourrir notre épanouissement intime.


Aristote : "Il n'y a pas de pensée sans image, et la première image est née de l'émerveillement" (De anima, vers l'an -350)

 

En tant que sexologue, j’encourage chacun·e à accueillir et explorer ses fantasmes avec curiosité et bienveillance, à les explorer mentalement et à reconnaître en eux une fenêtre sur notre monde intérieur.

 

En fin de compte, fantasmer est un acte de liberté dans notre jardin secret : un jardin où l’esprit peut explorer, créer et désirer sans contrainte en toute sécurité. Et c’est précisément cette liberté qui fait du fantasme un élément fondamental de notre sexualité, digne d’attention, de respect, et surtout… de plaisirs !



Jean-Luc Morcello

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