Le consentement dans les relations amoureuses
- Jean-Luc Morcello

- 23 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Parler de consentement dans les relations amoureuses ne devrait jamais être perçu comme une contrainte ou une « formalité » , mais comme une base fondamentale du respect, du désir et de la sécurité émotionnelle.
En tant que sexologue, je constate que le consentement est encore mal compris (en particulier chez les adolescents), minimisé, voire confondu avec l’idée de devoir conjugal ou de « preuve » d’amour (on peut s’interroger sur ce mot…).
Pourtant, il est au cœur de toute relation saine et épanouissante.

Le consentement n’est pas un « oui »
Dire « oui » pour faire plaisir, éviter une conséquence désagréable, ou « finir plus vite » n’est pas un consentement.
Le consentement, avant tout, est un accord volontaire, libre, éclairé et réversible.
Sans pression ni contrainte, et tenant compte de l’état émotionnel et de la sécurité de la personne.
Tout acte sexuel réalisé sans ce consentement constitue une atteinte à l’intégrité et peut avoir des conséquences durables sur le bien-être psychologique, relationnel et corporel.
Cela signifie qu’il ne peut exister ni sous la la fatigue, ni sous la pression, ni sous la peur, ni par obligation : le consentement n'est pas négociable.
Respecter le consentement, c’est écouter l’autre, observer ses limites et accepter sans discussion un refus, explicite ou non.
Aimer quelqu’un ne donne jamais un droit sur son corps ou son intimité.
Le consentement est réversible
Le consentement n’est pas acquis une fois pour toutes : il se renouvelle à chaque interaction : qu’il s’agisse d’un baiser, d’une caresse ou d’un rapport sexuel.
Donc le consentement est réversible : il est tout à fait légitime de ne pas consentir demain ce que l’on consent aujourd’hui.
Un point essentiel à comprendre est que le consentement peut être retiré à tout moment. Dire oui au début ne signifie pas devoir continuer jusqu’au bout.
Le corps peut changer d’avis, l’émotion aussi.
Respecter cela, c’est respecter l’autre dans son intégrité.
Un·e partenaire attentif·ve est celui·celle qui sait percevoir un malaise, un silence inhabituel, une tension corporelle, et qui ose poser la question : « Est-ce que ça va pour toi ? ».
La communication joue un rôle central
Le consentement n’est pas seulement verbal : il est aussi corporel, émotionnel, relationnel.
Mais en cas de doute, la parole reste le moyen le plus sûr.
Le silence n’est jamais un consentement.
Une personne peut se figer, ne rien dire par peur de décevoir, par habitude de se taire ou par difficulté à s’affirmer : dans ces situations, la responsabilité incombe toujours à celui ou celle qui initie l’acte de s’assurer que l’autre est réellement d’accord.
L’idée selon laquelle la connaissance des désirs de l'Autre serait forcément spontanée ou intuitive n'est pas bonne.
Dans la réalité le désir est fluctuant, influencé par la fatigue, le stress, l’histoire personnelle ou tout simplement le contexte émotionnel du jour.
S’attendre à ce que son·sa partenaire « lise dans nos pensées », « devine » ou « devrait savoir » implicitement nos désirs sous prétexte que l'« on se connait bien »... est un peu facile.
Surtout risqué.
Il n'est pas anormal de refuser aujourd'hui ce que l'on a accepté hier, quitte à recommencer demain.
Prendre cette habitude, considérer cela comme acquis, pourrait causer des problèmes sérieux dans la relation. Avec le temps, ces malentendus peuvent s’accumuler et créer des ressentiments ou des blessures émotionnelles : des ressentis de non-compréhension ou d’injustice parce que l’autre « ne fait jamais attention » à ce que vous voulez / l'autre se fiche de ce que vous ressentez.
Cela marche dans les deux sens : savoir exprimer un refus pour l'un, l'écouter pour l'autre, c'est faire preuve d’attention, de respect, et de maturité affective.
La clé est une communication directe et honnête : dire clairement ce qu'on ne veut pas (le respect de soi-même passe par la valeur que l'on se donne) réduit les malentendus et protège la relation, parce que chacun·e se sentira finalement reconnu·e et respecté·e.
Minimiser le consentement de l'Autre : c'est ne pas prendre ses besoins et limites personnelles au sérieux.
Inversement : accepter quelque chose pour faire plaisir alors qu'on n’en a pas envie, par crainte du conflit ou de perdre l'affection, revient à négliger ses propres besoins.

Consentement et rythme
Le respect du consentement concerne aussi les rythmes : deux partenaires peuvent s’aimer sincèrement tout en ayant des désirs ou des besoins sexuels différents.
Accepter ces différences sans chantage affectif ni culpabilisation est une preuve de maturité émotionnelle.
Forcer, insister ou bouder après un refus est une manière détournée de nier le consentement, de se prioriser soi-même au détriment de l'autre.
Consentement et estime de soi
Ils sont indissociables.
Apprendre à dire non, à poser des limites, à écouter son ressenti corporel est un apprentissage parfois long, surtout lorsque l’on a été socialisé·e à faire passer les besoins des autres avant les siens, ou bien lorsqu’on a reçu une éducation rigide (ou absente).
Se faire accompagner par un·e professionnel·le peut aider à reconstruire cette capacité à s’affirmer dans la relation.
Un pas vers soi, un pas vers l'autre
Le consentement n’est pas un obstacle à l’amour ou au désir : c'est un des fondements.
Une relation amoureuse respectueuse est celle dans laquelle chacun·e se sent libre de dire oui, libre de dire non, et surtout libre d’être soi.
C’est dans cet espace de sécurité que l’intimité peut réellement s’épanouir.

Jean-Luc Morcello



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