Les pleurs en consultation
- Jean-Luc Morcello

- 24 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
En tant que sexologue, il n’est pas rare que des patient·e·s arrivent en consultation avec des émotions à fleur de peau.
Pour beaucoup d’entre eux, la décision de consulter est souvent prise lorsque la problématique est installée depuis si longtemps et qu’elle engendre maintenant une souffrance trop longtemps accumulée, intenable.
On commence par se dire « c’est pas grave ça va passer ». Puis on se dit « on va trouver des solutions ». Ça devient « il va falloir faire quelque chose ! ». Ça se termine par « j’en peux plus ».
Sauf que pendant ce temps… on accumule…
Parmi ces manifestations, les pleurs en consultation sont sans doute l’expression la plus immédiate et la plus visible d’un vécu émotionnel intense, toujours douloureux.

Ma manière de voir les choses est que les pleurs en consultation ne sont ni un signe d’échec ni de faiblesse. Au contraire !
Ils traduisent souvent un niveau de confiance suffisant pour se laisser aller dans un espace sécurisé et bienveillant.
Mon cabinet de sexologue est - par définition - un « sanctuaire » : des aspects profondément personnels et parfois douloureux de la vie sexuelle et affective, ou conjugale, y sont abordés.
Lorsque les mots ne suffisent plus, les larmes prennent le relais et permettent une expression émotionnelle immédiate et authentique.
Les pleurs ont diverses origines
- Pour certaines personnes, ils surgissent face à une situation douloureuse, sexuelle ou affective ;
- Pour d’autres, ils sont liés à un sentiment de culpabilité ;
- D’autres personnes pleurent par soulagement, lorsqu’elles réalisent qu’elles ne sont pas seules face à leur problématique, que leurs difficultés peuvent être entendues sans jugement et qu’une solution est à portée de main.
Chaque larme raconte une histoire, et chaque histoire mérite d’être accueillie avec empathie.

Mon rôle
Mon rôle face à ces pleurs est double : accueillir et accompagner.
Accueillir, cela signifie créer un espace sanctuarisé où mon·ma patient·e se sent libre de ses émotions, sans crainte d’être jugé·e – ce qui ne me viendrait au grand jamais à l’esprit !
J’ai choisi de faire ce métier pour aider les gens, parce que j’ai eu à connaitre moi-même l’importance et les bienfaits de l’aide.
Il s’agit de rester présent, attentif, et ouvert.
Un simple silence bienveillant, ponctué d’un regard ou d’un geste rassurant, peut suffire à transmettre à la personne qu’elle est entendue, comprise et respectée.
Accompagner, c’est aider mon·ma patient·e à donner du sens à ses émotions.
Les pleurs sont souvent un premier pas vers une meilleure compréhension de soi et de ses besoins.
En sexologie, cela peut impliquer d’explorer les liens entre émotions et sexualité, de verbaliser des expériences traumatiques ou douloureuses, ou encore de réfléchir aux difficultés relationnelles et affectives, réelles, sources évidentes de souffrances.
Mon accompagnement ne consiste pas seulement à analyser (et parfois il ne faut peut-être pas), mais à soutenir et « normaliser » les ressentis.
« Normaliser » est un mot qui manque peut-être d’empathie. Ce que j’essaie de dire par là, est qu’il est essentiel, fondamental, que mon·ma patient·e comprenne que son pleur est « normal », sain, s’explique, et surtout – surtout – qu’il·elle arrête de culpabiliser alors qu’en vérité c’est une victime.
Bien sûr il serait compréhensible que certaines personnes se sentent mal à l’aise, comme une gêne supplémentaire, mais cela n’est jamais arrivé jusqu’à aujourd’hui, je pense.
Dans ma pratique, j’accorde beaucoup d’importance à un climat de sécurité émotionnelle parce qu’il est indispensable à toute exploration thérapeutique et renforce très certainement l’alliance thérapeutique.
Avec l’expérience, je me suis rendu compte que les pleurs ne sont pas toujours un signe de détresse : ils peuvent être cathartiques, libérateurs et même thérapeutiques.
Certain·e·s patient·e·s quittent la consultation après avoir pleuré avec un sentiment de soulagement, presque plus « légers », ayant enfin pu extérioriser des émotions trop longtemps contenues, non partagées.
Leurs larmes deviennent ainsi un véritable outil thérapeutique en elles-mêmes, révélant la capacité du corps et de l’esprit à se libérer de tensions émotionnelles accumulées.
L’impact des pleurs sur moi
Une émotion n’existe jamais dans un vide.
Il est humain que je ressente son impact, même légèrement, même dans la posture thérapeutique la plus professionnelle.
C’est le reflet de notre humanité partagée 😊
Les émotions que je ressens sont toujours empathie et compassion, jamais tristesse ni malaise ni stress, encore moins ce que l’on appelle la « fatigue compassionnelle » et la « contagion émotionnelle ».
Si un jour cela devait m’arriver, je me poserai sérieusement la question de ma posture professionnelle et entamerai une supervision (ce que je n’ai jamais eu à faire jusqu’à présent).
Ces émotions sont normales : elles reflètent simplement une capacité humaine.
Comment rester empathique sans devenir trop impliqué (distance empathique) ? Comment accompagner sans projeter ses propres émotions ?
Voilà de vraies questions pour préserver la neutralité bienveillante nécessaire à l’efficacité thérapeutique.
Et ça… c’est l’ « art » des thérapeutes 😊
En résumé
Les pleurs de mes patient·e·s en consultation sont un phénomène fréquent et riche de sens.
Ils témoignent de la vulnérabilité, de la confiance et de la profondeur des expériences (souffrances) personnelles partagées.
D’après moi, accueillir les pleurs avec respect, les comprendre et les accompagner constitue bien sûr une compétence essentielle, mais aussi une occasion unique de favoriser un cheminement vers la connaissance de soi, la guérison émotionnelle et l’épanouissement sexuel, affectif et intime.
Me concernant, les pleurs demandent attention, empathie, mais aussi conscience de soi. Gérer mes propres émotions permet non seulement de rester professionnel et disponible, mais aussi de transformer ces moments intenses en opportunités d’accompagnement efficace et respectueux.

Jean-Luc Morcello



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