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Les préliminaires

  • Photo du rédacteur: Jean-Luc Morcello
    Jean-Luc Morcello
  • 10 févr.
  • 6 min de lecture

Les préliminaires désignent l’ensemble des interactions physiques et émotionnelles qui précèdent la pénétration ou l’orgasme.

Ils constituent un pilier central de la réponse sexuelle influençant la qualité de l’excitation, de l’intimité, du plaisir, du lien émotionnel et finalement : de la satisfaction sexuelle globale.

 

En sexologie, les préliminaires ne se limitent pas aux caresses précédant un acte sexuel. Ils englobent :


  • Les stimulations sensorielles (toucher, regard, voix, odeur) ;

  • Les interactions verbales (mots, fantasmes, communication érotique) ;

  • Les comportements affectifs (tendresse, sécurité, présence) ;

  • Les stimulations sexuelles non génitales et génitales ;

  • Le contexte émotionnel et relationnel dans lequel la sexualité s’inscrit (Kaplan, 1979).

 

On l’oublie ou on ne le sait pas, mais les préliminaires commencent souvent bien avant le contact physique.

 

Cet article propose une analyse approfondie du rôle des préliminaires, à la croisée de la physiologie, de la psychologie, de la relation de couple et de la santé sexuelle, en s’appuyant sur les travaux scientifiques et cliniques de référence.


 

Le rôle physiologique des préliminaires

 

Selon le modèle de la réponse sexuelle humaine décrit par Masters et Johnson (Human Sexual Response 1966), l’excitation sexuelle est une phase essentielle précédant le plateau, l’orgasme et la résolution.


Réponse sexuelle Masters & Johnson modifiée par Kaplan
Réponse sexuelle Masters & Johnson modifiée par Kaplan

Les préliminaires ont une cascade de conséquences :  notamment l’augmentation de l’afflux sanguin dans la zone génitale et périnéale, qui entraine la lubrification vaginale et l’érection, qui entraine à son tour l’augmentation de la sensibilité clitoridienne et du gland du pénis.

 

Les préliminaires permettent aussi la préparation musculaire et neurologique à la stimulation sexuelle : ils activent le système nerveux parasympathique, responsable de la relaxation et de l’excitation sexuelle. Des études en neuro-imagerie montrent que les zones cérébrales liées au plaisir (noyau accumbens, cortex préfrontal) sont stimulées dès les premières interactions érotiques (Georgiadis et al., 2006).

 

Par conséquent, sans cette phase préparatoire, le corps peut rester partiellement ou totalement non réceptif, entraînant inconfort ou baisse de plaisir.

D’après le modèle circulaire de Basson : un temps de préliminaires adapté réduit significativement ces problématiques.

Les préliminaires jouent un rôle clé dans la motivation sexuelle, en favorisant le désir et la réceptivité, surtout chez les femmes (The female sexual response : a different model 2001).

 

Le rôle psychologique et émotionnel des préliminaires

 

Le plaisir sexuel est intimement lié à la capacité à se sentir en sécurité. Les préliminaires : favorisent le lâcher-prise, renforcent le sentiment d’être désiré·e et augmentent la disponibilité mentale au plaisir.

 

Le cerveau étant le principal organe sexuel, toute stimulation ou comportement qui apaise, rassure et valorise contribue directement à l’excitation.

 

Prendre le temps des préliminaires envoie un message clair : « Ton plaisir compte autant que le mien. »

Cette reconnaissance est fondamentale, pour tout le monde et en particulier pour les personnes ayant vécu des expériences sexuelles négatives ou une éducation sexuelle culpabilisante.


 

Les préliminaires créent un espace d’échange et de connexion émotionnelle. Selon la théorie de l’attachement (Hazan & Shaver, 1987), les couples qui accordent de l’importance aux préliminaires développent une sécurité affective plus forte, réduisant l’anxiété liée à la performance sexuelle.

 

Les préliminaires sont un moment privilégié pour exprimer ses préférences et ses limites. Une communication ouverte pendant cette phase est associée à une satisfaction sexuelle accrue (Byers & Demmons, 1999).

 

Pour certaines personnes, les préliminaires permettent de surmonter les blocages psychologiques (honte, stress, traumatismes) : une étude de Brotto et al. (2010) montre que les femmes souffrant de troubles du désir bénéficient particulièrement d’une approche progressive et centrée sur le plaisir plutôt que sur la performance.

 

Une étude de Kontula & Miettinen (Determinants of female sexual orgasms 2016) révèle que la satisfaction sexuelle féminine est fortement corrélée à la qualité des préliminaires, bien plus qu’à la durée de la pénétration.

Les recherches de Chivers et al. (2014) soulignent que les femmes atteignent plus facilement l’orgasme lorsque les préliminaires sont prolongés et variés.

 

Leleu souligne l’importance des sensations, de l’intimité, de la lenteur et de la connexion, plutôt que d’une sexualité centrée sur la performance ou un objectif final (Les Clés de la sexualité féminine 2018).

 

→ Les préliminaires sont donc une condition centrale du plaisir, particulièrement important pour les femmes.


Ils sont un espace privilégié pour explorer les désirs, ajuster le rythme, observer les réactions du·de la partenaire et surtout construire une intimité complice.


Ils favorisent une sexualité coopérative plutôt que performative, où l’objectif n’est pas d’atteindre un résultat (encore trop d’hommes sont « formatés » comme ça), mais de partager une expérience.

 


Mythes

 

❌ « Les préliminaires sont inutiles si le désir est là »

✔️ Le désir peut être présent sans excitation suffisante.

 

❌ « Ils doivent être courts »

✔️ Leur durée dépend des personnes, du contexte et du moment. Plus c'est long, plus c'est bon 😉

 

❌ « La pénétration est l’acte sexuel principal »

✔️ La sexologie contemporaine parle plutôt de sexualité centrée sur le plaisir, non sur un acte spécifique.

 

Implications thérapeutiques en sexologie

 

En thérapie sexuelle, le travail autour des préliminaires est important pour :

  • Restaurer le désir ;

  • Réduire les troubles sexuels ;

  • Réapprendre l’écoute corporelle ;

  • Sortir des scénarios sexuels routiniers ;

 

Des exercices comme le sensate focus (Masters & Johnson) reposent entièrement sur des préliminaires prolongés.

 

Conseils importants

 

Voici quelques conseils sexologiques importants à garder à l’esprit (et c’est encore plus vrai pour les couples de longue durée) :


  • Comprendre que les préliminaires commencent avant la chambre.

    Un message tendre dans la journée, une parole, un regard, une caresse le matin, une attention le soir…

    Le désir se construit souvent bien avant le contact physique (le cerveau est le principal organe sexuel).

 

  • Ne supposez pas que ce qui fonctionnait avant fonctionne toujours.

    Le désir et les envies fluctuent… Le bon préliminaire est celui qui s’ajuste.

 

  • Ne croyez pas connaître « par cœur » votre partenaire avec le temps.

    Les corps changent. Les envies, les désirs aussi.

    C’est sans doute le bon moment pour actualiser votre carte du plaisir de l’autre.

    Le désir meurt de certitudes.

 

  • Il est important d’accepter que les désirs ne soient pas toujours synchrones et ne pas les vivre comme un rejet.

    Voyez le refus comme une information, pas comme un désamour.

    L’intimité ne se résume pas au rapport.

 

  • Il est préférable de sortir des scénarios répétitifs, automatiques : ce qui est prévisible excite moins.

    Vous pouvez briser la routine, innover, inventer, être créatif. Changer de lieux, de décors, introduire de la surprise.

    La nouveauté stimule souvent le désir.

 

  • Oubliez la pénétration comme finalité.

    Pas de pression… Concentrez-vous sur les sensations, pas sur le résultat. Ralentir, c’est souvent intensifier.

    Il faut se rappeler que les préliminaires sont parfois le rapport.

    On peut juste laisser le plaisir exister… sans forcément aller « jusqu’au bout ».

 

  • Explorer tout le corps, pas seulement les zones génitales : le corps entier est une zone érogène potentielle.

 

  • Osez communiquer entre vous.

    Parler de ses envies, guider et encourager l’Autre, peuvent être de puissants aphrodisiaques. Le consentement et le plaisir passent aussi par la parole.

 

Et si la libido baisse ?

 

Une baisse de libido dans un couple est un phénomène courant, souvent lié à des facteurs physiques (fatigue, changements hormonaux, santé), psychologiques (stress, routine, anxiété) ou relationnels (manque de nouveauté, communication difficile).

 

On ne soigne pas une baisse de libido en cherchant le désir (on peut chercher longtemps…), mais en travaillant le contexte qui le permet.

Aucune obligation, aucune performance : c’est précisément ce cadre qui permet au désir de revenir.

 

Le sensate focus est un excellent exercice dans ce cas. Juste ressentir…

Prendre un bain ensemble, faire des câlins prolongés (sans tenter de « profiter du moment »…), une lecture côte à côte…

Le désir revient plus facilement quand il n’est pas attendu.

 

Il est recommandé de consulter un·e sexologue si :

  • la baisse de libido dure depuis longtemps et fait souffrir ;

  • elle est associée à douleur, dépression, traumatisme ;

  • elle crée un conflit dans le couple.

 

Cas particulier : adapter les préliminaires après une infidélité


Ce paragraphe ne concerne pas l’aspect psychologique, qu’il faut bien évidemment traiter en premier, mais porte uniquement sur un point de vue sexologique.

 

Après une infidélité, les préliminaires ne peuvent plus être abordés comme avant.

Ils deviennent un espace de réparation, de reconstruction de la confiance et de réapprentissage du corps et des émotions.

L’enjeu est double : rassurer le·la partenaire blessé·e tout en réintroduisant progressivement l’intimité physique, sans précipitation.


Après une infidélité, l’intimité doit redevenir sûre avant de redevenir érotique.

 

Le corps de la personne trompée est souvent en état d’alerte :

  • Le toucher peut réactiver des images intrusives, un sentiment de comparaison, une peur d’être à nouveau trahi·e ;

  • Le désir peut coexister avec : la colère, la tristesse, le dégoût, l’envie… et le refus simultanément.

Ces contradictions sont normales, pas pathologiques.

 

Règles de base avant tout préliminaire

  • Le sexe ne doit jamais servir à « réparer » la faute : le corps n’est pas un outil de pardon ;

  • La personne trompée reprend le contrôle du rythme. C’est thérapeutiquement essentiel. Ce n’est pas une punition : c’est une réparation de la sécurité ;

  • Il est important d’adapter les préliminaires par étapes progressives, sans sexualisation au départ, pour réassocier le toucher à la fiabilité, pas à la menace.

    La pénétration attendra…

    Le corps a besoin de nouveaux repères, pas d’anciens réflexes.


Alors, partant·es ?


Au final, les préliminaires ne sont pas un simple échauffement : ce sont déjà une promesse.


Ils attisent le désir, affinent les sensations et rappellent que le plaisir aime prendre son temps.


Ils murmurent à l’oreille que le plaisir commence bien avant l’apogée… et que l’attente, parfois, est la plus délicieuse des caresses...


Quand on les savoure, la suite n’en est que plus… mémorable 😉


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