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Les troubles du désir

  • Photo du rédacteur: Jean-Luc Morcello
    Jean-Luc Morcello
  • 24 janv.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Parler de désir sexuel reste encore, pour beaucoup, un sujet délicat, alors que le monde de la sexologie s’y intéresse depuis longtemps - et de plus en plus : il n’y a qu’à lire le nombre exponentiel d’articles sexologiques, psychologiques et médicaux à ce sujet.

Depuis les travaux d’Helen Kaplan (psychiatre et sexologue clinicienne) en 1979, on sait que les troubles du désir sont le premier motif de consultation pour les femmes - encore aujourd’hui.


En tant que sexologue, je rencontre régulièrement des personnes inquiètes, très souvent dans la culpabilité, qui se demandent pourquoi ! « quelque chose ne va pas chez elles ».

Des consœurs m’ont rapporté que cela pouvait même aller jusqu’à la honte : je n’en ai pas professionnellement rencontré à ce jour – mais c’est dire la grande souffrance que vivent ces femmes qui sont les premières victimes de leur souffrance.

Leurs maris ou conjoints en souffrent aussi. Inévitablement. Amoureusement.

Ont-ils la force de comprendre que leur élue en souffre plus qu’eux-mêmes ?

 

La première chose à rappeler est essentielle : le désir (homme comme femme) est naturellement fluctuant. Ces variations sont humaines, normales et multifactorielles.

Le désir est un lien profond et complexe, une source de dynamisme liée au plaisir et à l'épanouissement. Il traduit une insatisfaction positive incitant à la recherche du plaisir sexuel et le faire durer (caractéristique de l’espèce humaine versus le monde animal), parfois subtil, parfois dévorant, plus ou moins élaboré, ou brut.

 

Ce serait une vraie erreur de limiter le désir à l'érotisme ou aux plaisirs physiques : c'est fondamentalement une aspiration vers la satisfaction personnelle, le bien-être intime et une meilleure connaissance de soi, un apprentissage au fil des années de ce que notre corps et notre cerveau nous disent.

Le bénéfice pour le couple est absolument réel mais c’est une conséquence.

 

Qu’appelle-t-on trouble du désir ?

 

On parle de trouble du désir lorsque l’absence, la diminution ou parfois l’excès de désir sexuel devient une source de souffrance personnelle ou de difficulté relationnelle.

Il ne s’agit pas d’une norme chiffrée (combien de fois par semaine, par mois, échelle « de 1 à 10 » sur l’excitation,…), mais bien d’un ressenti intime qui ne souffrirait d’être remis en cause.

 

Certaines vivent très bien une sexualité peu fréquente, tandis que d’autres souffrent d’un écart entre leur désir et celui de leur partenaire.

Ici le verbe « souffre» a toute son importance : c’est lui qui justifie la décision de consulter.

Qu’un couple fasse l’amour 2 fois par an ou 10 fois par jour : si ça convient au couple et qu’il n’en souffre pas : aucune raison de consulter !

 

Les multiples causes du trouble du désir


Le désir sexuel n’est jamais isolé.

Il est influencé par des facteurs biologiques, psychologiques, relationnels et socioculturels.

 

Sur le plan biologique, les variations hormonales jouent un rôle important : grossesse, post-partum, ménopause, andropause, troubles thyroïdiens ou certaines maladies chroniques peuvent impacter le désir.

Certains traitements médicamenteux (notamment les antidépresseurs) ont également un effet sur la libido.

Les facteurs psychologiques sont tout aussi déterminants : le stress, la fatigue, la charge mentale, l’anxiété de performance, la dépression, une mauvaise image de soi ou la culpabilité peuvent freiner l’élan sexuel.

 

Le désir a besoin de disponibilité psychique : lorsqu’on est en mode « survie » il passe souvent au second plan.

 

La dimension relationnelle du couple est centrale.

Les conflits non résolus, les non-dits, le manque de communication, les blessures affectives, sa propre histoire sexuelle, la routine ou le sentiment de ne plus se sentir désiré·e peuvent éroder le désir.

Il arrive aussi que le désir disparaisse non pas pour la sexualité en général, mais pour un·e partenaire en particulier, ou dans un contexte particulier, ce qui peut être très déstabilisant.

 

Enfin, l’éducation reçue à la maison, les croyances (souvent fausses), les injonctions sociales et l’influence des médias, affectent profondément notre rapport au désir.

 

L’idée qu’il faudrait « avoir envie naturellement », « en permanence » ou « comme au début » crée une pression irréaliste et culpabilisante.

 

L’idée répandue que « puisque cette personne m’aime elle « doit » « logiquement » me désirer » est fausse. C’est une fausse croyance pseudo-logique.

Cela ne marche pas comme ça. C’est méconnaitre la nature et le fonctionnement même du désir.

Oui : on peut véritablement aimer et avoir le désir dans les chaussettes.

 

Désir spontané, désir réactif (ou situationnel), désir sélectif

 

Une confusion fréquente concerne la manière dont le désir se manifeste.

On parle souvent de désir spontané (qui surgit sans stimulation apparente) mais il existe aussi le désir réactif, qui apparaît en réponse à des caresses, un climat de sécurité ou une intimité émotionnelle : « je n’y pense pas, mais quand on commence, j’ai envie ».

Ce type de désir est particulièrement courant, notamment chez les femmes. Ne pas le reconnaître peut conduire à se croire “sans désir”, alors qu’il s’exprime simplement différemment.

Quant au désir sélectif, il correspond à un désir présent mais dirigé vers une personne précise : par exemple lorsqu’on entend dire « je n’ai plus envie de mon conjoint, mais je peux avoir du désir ailleurs ». Ou encore : « le désir existe dans mes fantasmes, mais pas dans la relation ».

 

Que faire face à un trouble du désir ?


Il est essentiel, fondamental, crucial, central, majeur (euh… j’insiste ! 😊) de


dé-cul-pa-bi-li-ser.

 

C’est plus facile à dire qu’à faire : c’est vrai. Mais c’est pour cela que les sexologues existent 😊

La majorité des gens sont convaincus que le désir est une obligation « logique » (dans le pire des cas un « devoir » conjugal) parce qu’ils manquent d’éducation sexuelle et placent leurs certitudes dans des idées reçues ou de fausses croyances, sans vraiment de réflexion ou d’effort sur le contrôle de leur pensée, et s’imposent sans le vouloir à eux-mêmes - donc : à leurs proches – un contexte délétère à leur propre épanouissement personnel et conjugal.

 

Ouvrir le dialogue, avec soi-même puis avec son ou sa partenaire, est fondamental.

Fini les non-dits puisqu’ils « minent » à la longue.

Exprimer ses ressentis sans accusation avec sincérité, et les écouter avec bienveillance, permet souvent d’apaiser les tensions et avancer ensemble.

 

Il vaut mieux éviter les réactions spontanées, qui - par définition – ne sont pas réfléchies.

Comprenons qu’il y a des mots difficiles à entendre comme il y a des mots difficiles à dire… aussi…

Souvent, « encaisser » puis réfléchir amène une réponse différée mais plus constructive qu’un clash immédiat.

 

Approche sexologique

 

Consulter un·e sexologue aide à identifier les causes spécifiques, à travailler sur les blocages et redéfinir une sexualité plus personnelle et plus libre.

 

Détricoter l’anxiété et la culpabilité, aider à une meilleure connaissance érotique de soi-même et de son corps, ses ressentis, est largement bénéfique d’abord pour soi-même et conséquemment pour son couple.

Des solutions existent pour ça.

 

Retrouver le désir ne signifie pas forcément « faire plus », mais souvent « faire autrement » : c’est peut-être le moment de comprendre qu’une sexualité moins quantitative mais plus qualitative peut être plus épanouissante et plus solide.

 

Se reconnecter à ses propres sensations, écouter ou découvrir ce que son corps nous dit, sortir des scripts sexuels habituels « entrée-plat-dessert » et redonner une place au(x) plaisir(s) sous toutes ses formes (y compris non pénétratives).

Créativité, inventivité, imaginaire…

Là encore, des solutions existent, des outils thérapeutiques adaptés aussi.

 

Règle d’or : à son rythme.

 

En conclusion

 

Les troubles du désir ne sont ni une fatalité ni un échec personnel.

Parfois les évènements de vie s’accumulent jusqu’à dépasser le seuil de sensibilité au désir…

Ils sont souvent le signal d’un déséquilibre plus large, invitant à prendre soin de soi, de son corps et de ses relations.


En les écoutant plutôt qu’en les combattant ou s’en affliger, il est possible de transformer la difficulté en opportunité de mieux se connaître et de construire une sexualité plus en accord avec ses besoins profonds, plus consciente et épanouissante.

Et pour cela, les sexologues ont des solutions.



Jean-Luc Morcello


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