Mythes sur la sexualité
- Jean-Luc Morcello

- 24 janv.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Je constate à quel point le rapport à la sexualité est encore façonné par des idées reçues, les fausses croyances.
Ces mythes sur la sexualité, souvent transmis par la culture populaire et les médias, les injonctions sociales, la pornographie, une éducation sexuelle insuffisante ou le silence familial, limitent profondément la manière dont nous nous acceptons, vivons notre intimité et la partageons.
Certains peuvent générer des attentes irréalistes, de la culpabilité, de l’anxiété ou des difficultés relationnelles.
Je vous propose d’examiner les mythes les plus répandus :
Mythe n°1 : Si l’autre m’aime, il ou elle doit forcément me désirer
Ce mythe crée une confusion fréquente entre amour et désir.
Beaucoup pensent que l’amour doit automatiquement se traduire par une attraction sexuelle constante, et que si ce n’est pas le cas, c’est "forcément" le signe d’un problème dans la relation.
Mais désir et amour sont deux dimensions distinctes.
L’un peut exister sans l’autre, et tous deux fluctuent naturellement au fil du temps. Le stress, la fatigue, les variations hormonales, la routine ou les changements de vie peuvent réduire temporairement le désir, sans remettre en cause l’amour ou l’engagement.
Cette fausse croyance, pseudo-logique, vient du fait qu'hommes et femmes ne connaissent pas les mécanismes du désir chez l'autre sexe : ils·elles le voient à travers leur propre prisme et supposent que c'est la même chose chez l'autre.
Or, les mécanismes du désir masculin et féminin sont extraordinairement différents. Chez les femmes il est beaucoup plus complexe et contextuel que chez les hommes.
Comprendre cela permet de mieux accepter les périodes de baisse de désir, d’en parler avec son ou sa partenaire et de trouver ensemble des moyens de raviver l’intimité sans culpabilité ni pression.
→ Je vous réfère à mon article dédié.
Mythe n°2 : Un rapport sexuel doit forcément se terminer par un orgasme

Cette croyance exerce une pression considérable, en particulier sur les femmes, un peu moins sur les hommes pour qui jouir est plus facile que pour une femme.
Sans en avoir conscience, l’orgasme devient alors un objectif, un but à atteindre plutôt qu’une expérience possible parmi d’autres.
Peut-on affectivement parler d’ « objectif », de « but » ou de « finalité » dans une relation affective ??
Toutes les études montrent l’importance prépondérante des préliminaires pour les femmes, pour qui un préliminaire réussi est parfois largement plus satisfaisant qu’un rapport.
D’ailleurs, les études montrent aussi qu’un cas de pénétration, la jouissance féminine arrive en moyenne une fois sur cinq alors que les hommes approchent les 100%.
Par contre, il est vrai aussi que les femmes ont cette extraordinaire capacité à pouvoir enchainer une succession d’orgasmes, ce dont les hommes en sont physiologiquement incapables. La nature est ainsi faite… 😊
Une sexualité épanouie ne se résume pas à une performance ou à un résultat.
Le plaisir peut exister sans orgasme et inversement.
Apprendre à se concentrer sur les sensations (les sexologues ont des outils très efficaces pour cela), la connexion et le partage permet souvent de retrouver plus de liberté et de satisfaction.
Mythe n°3 : Une relation sexuelle implique forcément la pénétration
→ Non.
Ce mythe est profondément ancré dans une vision hétéronormative et restrictive de la sexualité.
C'est réduire l’acte sexuel à la seule pénétration vaginale ou anale, comme si tout le reste n’était qu’un substitut.
Or, la sexualité est bien plus vaste et créative, imaginative, innovante !
Les caresses, le sexe oral, la masturbation (éventuellement partagée), les jeux sensoriels ou encore la simple proximité corporelle peuvent être tout aussi intimes, satisfaisants et sexuels.
Pour certaines personnes, la pénétration n’est pas souhaitée ou impossible à certains moments de la vie (fatigue, douleur ou inconfort (= dyspareunie), lésion anatomique, troubles érectiles, vaginisme, post-partum,…)... ou tout simplement pas centrale dans leur plaisir - et cela doit se respecter.
Sortir de cette injonction permet de redéfinir la sexualité comme un espace de rencontres et de sensations, plutôt qu’un scénario figé à respecter.

Mythe n°4 : Les hommes ont plus besoin de sexe que les femmes
C’est surtout que les femmes l’expriment différemment, souvent plus subtilement.
Ce stéréotype genré est non seulement faux, mais dommageable : le désir sexuel varie énormément d’une personne à l’autre, indépendamment du genre. Et pour une même personne, le désir sexuel fluctue au cours de la vie.
Certains hommes peuvent avoir un désir fluctuant ou faible à certaines périodes de leur vie, tandis que certaines femmes peuvent ressentir un désir intense et fréquent.
Enfermer les individus dans ces rôles stéréotypés empêche une communication honnête et alimente la culpabilité lorsqu’on ne correspond pas au soi-disant « modèle attendu ».
Mythe n°5 : Une "bonne" sexualité est spontanée
Cela consiste à croire que le désir sexuel doit surgir naturellement, sans effort.
La réalité est plus nuancée : certes le désir peut être spontané… mais aussi réactif ou situationnel.
→ voir mon article dédié.
Le mécanisme du désir féminin est bien plus complexe que le masculin, et le comprendre prend souvent beaucoup de temps, notamment parce que chacun·e voit les choses à travers son propre fonctionnement, son propre prisme alors que les mécanismes sont fondamentalement différents (voir mythe n°1).
Dans les relations de longue durée, attendre la spontanéité permanente peut conduire à des déconvenues… et des frustrations inutiles.
Planifier des moments d’intimité n’enlève rien à leur authenticité - bien au contraire.
Mythe n°6 : La sexualité est innée
Là encore : rien de plus faux.
La sexualité s’apprend.
Elle évolue et se construit progressivement tout au long de la vie, y compris jusqu’à un âge avancé : cela n’a pas de fin.
Elle s’apprend au fil de nos expériences, de nos vécus, de nos ressentis, de notre éducation, avec la découverte de l’auto-érotisme (la connaissance de soi) et l’évolution de notre vision de la vie, notre vision de la sexualité, notre vision des hommes ou des femmes en général.
Considérer la sexualité sous cet angle permet d’ouvrir la porte à l’apprentissage, à la curiosité et à l’amélioration.

Mythe n°7 : Parler de sexe casse la magie
Au contraire, le silence est souvent bien plus nuisible que la parole.
Ne pas exprimer ses envies, ses limites ou ses inconforts peut conduire à des malentendus et à une insatisfaction durable.
La communication sexuelle n’a pas besoin d’être technique ou froide : elle peut être ludique, bienveillante et progressive.
Parler de sexualité : c’est aussi prendre soin de soi, de l’autre, et de la relation.
Mythe n°8 : La pornographie représente la sexualité réelle
Cette fausse-croyance est plus répandue chez les ados que chez les adultes, principalement parce que les adultes ont de l’expérience alors que les plus jeunes, alors qu’ils sont en pleine découverte de la sexualité et de l’intimité, manquent forcément de repères et les cherchent là où ils le peuvent : malheureusement la pornographie leur est trop facilement accessible.
Hélas, la pornographie (tout comme certains « influenceurs ») n'est pas souhaitable à moyen terme.

Cela dit, c'est valable aussi chez les adultes : beaucoup d'hommes (pas tous) souffrant d’éjaculation précoce ou de dysfonction érectile ont souvent, à un moment ou un autre, été en contact régulier avec le porno.
La pornographie est une mise en scène, pensée pour exciter, pas pour éduquer.
Mise en scène veut dire : scénario (très souvent le même, ce qui enferme l’imaginaire dans des schémas répétitifs), consignes du réalisateur·trice, montage en post-production, et casting (les corps sont choisis).
Les corps, les réactions, les durées et les pratiques qui y sont montrés ne reflètent pas la diversité ni la réalité des expériences sexuelles.
Lorsqu’elle devient une référence principale, elle peut créer des complexes, des attentes irréalistes et une vision biaisée du consentement et du plaisir.
Hommes et femmes « utilisent » la pornographie différemment :
Les hommes : souvent à la recherche de stimulations fortes, puissantes, souvent simplement pour « décharger » une tension ;
Moins de la moitié des femmes (44% dans l’enquête de Philippe Brenot « Les femmes, le sexe et l’amour » éd. Les arènes) sont excitées par la pornographie et contrairement aux hommes, c’est plus un détail ou une situation qui les excite.
Elles émettent beaucoup plus de réserve sur les scènes « hard ».
La majorité des femmes (70%) sont excitées par l’érotisme.
Contrairement au porno, l’érotisme est plus propice à laisser aller l'imaginaire érotique et sexuel.
En parlant d’érotisme, revenons aux adolescent·e·s, qui, pour la grande majorité d’entre eux, ne font pas la différence entre érotisme et pornographie.
Cela est principalement dû à ce que la pornographie leur est immédiatement accessible alors que l’érotisme non : ils ne savent pas ou peu ce que c’est par manque d'accessibilité.
Les adultes, eux, appartiennent à une génération où les films et la littérature érotique étaient plus présents, la pornographie n’occupant pas encore la place qu’elle a aujourd’hui (moins en tout cas).
Mythe n°9 : La sexualité s’arrête avec l’âge
→ Voir mon article dédié.

Beaucoup pensent que vieillir signifie automatiquement une diminution, voire une disparition, du désir et de la sexualité : c’est inexact.
D’accord, avec l’âge, le plaisir met plus longtemps à venir. L’orgasme aussi et est généralement moins fort.
Tout cela est normal, c’est naturel, c’est physiologique.
MAIS : la sexualité ne disparaît pas avec le temps : elle évolue simplement.
Les besoins, les rythmes et les façons de vivre l’intimité peuvent changer, mais le plaisir reste possible. Les personnes âgées peuvent continuer à expérimenter, explorer de nouvelles formes de proximité et maintenir une vie sexuelle satisfaisante.
C’est même à encourager ! 😊
Je ne me souviens plus quelle étude médicale, montrait qu’une Dame de 87 ans avait encore des orgasmes !
Respect, Madame !
Mythe n°10 : La libido/la jouissance doit être identique dans un couple
Il arrive de penser qu’un couple « normal » doit avoir un désir sexuel synchronisé et/ou une jouissance simultanée.
Cette idée crée beaucoup de stress et de culpabilité lorsque cela ne se produit pas, surtout puisqu’ un·e partenaire a une libido forcément différente.
En réalité, la sexualité est très individuelle, et les différences d'excitation sexuelle sont normales et saines.
L’important est de communiquer ouvertement, de négocier des compromis et de trouver des façons de maintenir l’intimité, même lorsque les envies ne sont pas exactement les mêmes.
La qualité de la relation sexuelle ne se mesure pas à la fréquence des rapports ni à la simultanéité des orgasmes, mais à la connexion, à la diversité créative des pratiques, au plaisir partagé et à la complicité.
Mythe n°11 : Lorsqu’on est en couple, on ne doit pas se masturber
Ce mythe repose sur l’idée que la masturbation solitaire serait incompatible avec une relation amoureuse, qu’elle indiquerait un manque envers son partenaire ou que le rapprochement sexuel « devrait » se suffire à lui seul.

En réalité la masturbation solitaire est une pratique normale et saine, même dans un couple : elle permet de mieux connaître son corps et d’explorer ses envies, source d’inventivité imaginaire, source de création érotique.
Il n'y peut pas avoir de sexualité épanouie sans une bonne connaissance de soi et de son corps.
Cette « aventure » imaginaire personnelle bénéficie au couple en enrichissant la sexualité partagée, en faisant bénéficier l'autre de ses fantasmes, ses envies, ses propres ressentis corporels.
Dans les faits, s’interdire cette pratique crée des tensions inutiles.
Mythe n°12 : Le corps "normal" est celui qu’on voit dans les médias
La sexualité est quasiment toujours entourée d’images irréalistes véhiculées par les films, les publicités et les magazines (sans oublier la pornographie).
Ces représentations peuvent donner l’impression qu’il existe un corps "parfait”, "idéal" ou "réussi", alors qu’en réalité la diversité corporelle est infinie.
C'est un filtre.

Le risque de cette standardisation est que cela crée des attentes irréalistes sur la manière de se voir - et se juger (estime de soi...).

Les mannequins sont très minoritaires parmi la population générale : donc ne la représentent pas.
Et dans les médias, même les mannequins sont artificiellement retouché·e·s. C'est pour dire...
La taille, la forme, la pilosité ou la couleur de la peau n’ont aucun impact sur la capacité à ressentir du plaisir ou à être désirable.
Il ne faut pas nier que l'influence médiatique est puissante, MAIS : apprendre à accepter son corps et celui de son partenaire est une étape essentielle pour vivre une sexualité épanouissante, libre de complexes inutiles avec une meilleure estime de soi.
Mythe n°13 : Les fantasmes doivent être réalisés
→ Je vous réfère à mon article dédié.
Cette croyance peut générer culpabilité ou anxiété.
Les fantasmes sont une part naturelle de la sexualité, un espace d’imagination et de créativité qui enrichit notre "jardin secret" et le désir sans nécessiter d’action concrète.
Ils permettent d’explorer ses envies, ses limites et ses curiosités dans un cadre sûr, sécurisé et personnel. Cette distinction entre imaginaire et réalité aide à se libérer de pressions inutiles et à mieux communiquer ses désirs/envies avec son·sa partenaire.
Mythes et réalité
Ré-examiner les idées reçues et les fausses-croyances ont l’énorme avantage de s'accepter pleinement tel·le que l'on est, vivre une intimité plus dégagée, plus libre, plus imaginative, plus créative, plus innovante, plus consciente et plus respectueuse de soi et de l’autre.
La sexologie ne proposera jamais de modèle « standardisé », mais invite chacun·e à s'accepter, s'explorer avec curiosité, liberté, information et bienveillance.

Jean-Luc Morcello



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