Santé sexuelle
- Jean-Luc Morcello

- 25 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
La sexologie (science humaine et discipline clinique) traite les troubles ou difficultés liés à la sexualité, que ce soit au niveau individuel ou dans le cadre d’un couple. Elle aide les personnes à mieux comprendre, vivre et exprimer leur sexualité.
Par définition la santé « globale » inclut la santé sexuelle, qui en retour, est elle-même un marqueur de santé somatique et psychique : ça veut dire que la santé globale et la santé psychique influent sur la sexualité, et que la sexualité influe sur la santé globale et psychique.
Ceci est la première reconnaissance médicale que la sexualité joue un rôle important dans le bien-être des personnes.
La santé sexuelle fait partie intégrante de la santé et du bien-être, mais aussi de la qualité de vie dans son ensemble.
Définition de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) → lien

La santé sexuelle est reconnue par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 1974 comme
« Un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonctionnement ou d’infirmité. Elle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sûres, sans coercition, discrimination ou violence. Pour atteindre et maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et réalisés ».
Toujours selon l’OMS :
« La capacité des hommes et des femmes à être en bonne santé sexuelle et à éprouver un sentiment de bien-être à cet égard dépend :
de leur accès à des informations complètes et de bonne qualité sur le sexe et la sexualité ;
des connaissances dont ils disposent concernant les risques auxquels ils peuvent être confrontés et de leur vulnérabilité face aux conséquences néfastes d’une activité sexuelle non protégée ;
de leur capacité à accéder aux soins de santé sexuelle ;
du milieu dans lequel ils vivent, à savoir un environnement qui affirme et promeut la santé sexuelle ».
Contexte historique
Pour replacer le terme « santé sexuelle » dans son contexte historique, il est important de souligner qu’il émerge à une période charnière située entre deux grandes avancées législatives françaises :

1967 : la loi Neuwirth autorise la contraception (dont la mise en vente de la première pilule contraceptive en France – jusqu’ici interdite car l’interdiction de contraception était inscrite dans la loi française depuis 1920) – une avancée majeure pour la liberté des femmes à l’origine de la première révolution sexuelle ;
1974 : première apparition du terme « santé sexuelle » ;
1975 : la loi Veil légalise l’interruption volontaire de grossesse, qui donne aux femmes la liberté de disposer de leurs corps.

La sexologie a pour but de promouvoir la santé sexuelle. Elle est reconnue par l'Ordre des Médecins depuis 1996.
Objectif national de santé publique → lien
Bien que la santé sexuelle ne soit pas définie comme un concept juridique autonome dans un article de loi, elle est cependant intégrée comme objectif national de santé publique.

La Stratégie Nationale de Santé Sexuelle (SNSS) 2017-2030 est un cadre stratégique officiel décrivant les objectifs nationaux de santé publique en matière de santé sexuelle. Elle a été élaborée par le ministère chargé de la santé et s’inscrit dans les politiques publiques nationales de santé.
Elle vise notamment à :
Promouvoir la santé sexuelle, en particulier chez les jeunes, par une approche positive, globale et préventive ;
Améliorer les parcours de santé en matière d’infections sexuellement transmissibles (y compris le VIH et les hépatites virales) ;
Améliorer la santé reproductive, incluant l'accès à la contraception et la prévention des grossesses non prévues ;
Répondre aux besoins des populations les plus vulnérables et lutter contre les discriminations liées au sexe, à l’orientation ou à l’identité de genre ;
Promouvoir la recherche, les connaissances et l’innovation en santé sexuelle ;
Prendre en compte les spécificités territoriales, notamment en outre-mer.
Ces orientations structurent des objectifs concrets à l’horizon 2030 pour faire de la prévention, de l’éducation et de l’accès aux soins des composantes essentielles des politiques de santé sexuelle nationale.
La santé sexuelle concerne donc chaque individu, tout au long de sa vie, indépendamment de son âge, de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou de sa situation relationnelle.
Fondements sexologiques de la santé sexuelle

Le respect du corps et la connaissance de soi
Cela commence par la connaissance de son propre corps : comprendre son anatomie, ses zones de sensibilité, ses cycles, ses variations de désir et ses réactions physiologiques. Cette connaissance permet de développer une relation plus apaisée à soi-même et de sortir d’une sexualité uniquement guidée par des « normes » externes (hélas encore trop nombreuses et restrictives !).
Respecter son corps, c’est aussi reconnaître ses limites, qu’elles soient physiques, émotionnelles ou psychiques.
Une sexualité saine repose sur l’écoute de soi, et sur la légitimité de ralentir, de dire stop ou de réajuster ses pratiques.
Le consentement : un pilier essentiel de l’intimité, non négociable
→ Je vous réfère à mon article dédié.
Le consentement est un principe central et incontournable de la santé sexuelle. Il ne se résume pas à une absence de refus, mais implique un accord libre, éclairé, enthousiaste et réversible. Le consentement doit être présent à chaque interaction intime et peut évoluer au cours d’un même moment.
3- La dimension émotionnelle et psychologique de la sexualité
→ Je vous réfère à mes articles dédiées aux mythes, aux pleurs et aux troubles du désir.
J’y raconte que la sexualité est profondément influencée par le vécu émotionnel et psychologique, et que l’estime de soi, l’image corporelle, l’histoire affective, les expériences relationnelles passées ou encore les croyances autour de la sexualité jouent un rôle déterminant.
Une bonne santé sexuelle suppose de pouvoir reconnaître ces dimensions internes, sans les pathologiser systématiquement.
La sexualité est souvent un langage du corps et du psychisme.
4- La communication et la relation à l’autre
La qualité de la communication est un facteur clé de la santé sexuelle, notamment dans les relations à deux ou à plusieurs. Parler de sexualité reste difficile pour beaucoup de personnes, en raison de la honte, de la peur de blesser ou d’être jugé·e. Pourtant, exprimer ses besoins, ses limites, ses désirs ou ses insatisfactions permet de prévenir de nombreux conflits et incompréhensions.
La communication sexuelle ne se limite pas aux mots : elle passe aussi par l’écoute, l’observation et le respect du rythme de l’autre.
Une sexualité épanouissante se construit dans un climat de confiance, où chacun·e peut se sentir légitime d’exister tel·le qu’il ou elle est.
5- Le droit au plaisir et la reconnaissance de la diversité
Le plaisir est une dimension fondamentale de la santé sexuelle : il ne s’agit ni d’un luxe ni d’un objectif obligatoire, mais d’un droit.
Chaque personne a le droit de vivre sa sexualité selon ses propres modalités, tant que celles-ci sont consenties et respectueuses.
La santé sexuelle inclut la reconnaissance de la diversité des vécus sexuels : diversité des orientations sexuelles, des identités de genre, des pratiques, des niveaux de désir et des formes de relations.
Il n’existe pas de norme universelle d'une sexualité « réussie ».
6- Demander de l’aide : une démarche de santé courageuse
Les difficultés sexuelles sont fréquentes et normales au cours de la vie. Elles peuvent apparaître lors de transitions importantes : adolescence, parentalité, maladie, vieillissement, séparation ou traumatismes.
Consulter un·e sexologue ou un·e professionnel·le formé·e à ces questions permet d’aborder ces enjeux dans un cadre sécurisant, sans jugement. Il s’agit d’accompagner une personne ou un couple vers une meilleure compréhension de soi et de ses besoins.
Une fin qui n’en est pas une
La santé sexuelle se construit tout au long de la vie, au fil des expériences et des transformations personnelles.
Aborder la sexualité comme une dimension vivante, évolutive et profondément humaine permet de la réintégrer pleinement dans une approche globale de santé et de bien-être.

Jean-Luc Morcello



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