Vieillesse et sexualité – Ce plaisir qui n’a pas d’âge
- Jean-Luc Morcello

- 24 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

La sexualité prend une dimension nouvelle lorsqu’il s’agit des personnes âgées.
Beaucoup imaginent que vieillir signifie renoncer au désir, à l’érotisme et aux relations intimes.
Je vais tenter ici d’expliquer pourquoi la sexualité peut (et doit !) rester une source de plaisir, de complicité et de bien-être tout au long de la vie.
Les transformations physiologiques naturelles
Chez les femmes, le taux d’œstrogène est maximal vers 30-35 ans et commence à diminuer progressivement à partir de ce moment. La ménopause (âge moyen 51 ans) signifie un arrêt total de production d’œstrogène par les ovaires, ce qui provoque – entre autres - une diminution de la lubrification, parfois un inconfort lors des rapports, sans compter les modifications corporelles.
Chez les hommes, le taux de testostérone est maximal vers 20 ans puis commence à diminuer très lentement, sans pour autant s’arrêter définitivement. Avec l’âge, la baisse de testostérone peut entraîner des troubles de l’érection (mais pas de l'éjaculation).
Chez les femmes comme chez les hommes, on peut observer un désir sexuel moins fréquent qu’avant mais qui ne disparait pas, même à un âge avancé. Pourquoi ?
Parce que les mécanismes du désir sont nombreux, complexes, et ne sauraient être réduits à une simple concentration hormonale.
Les rapports sont moins fréquents, l’orgasme met un peu plus de temps à arriver et peut être moins fort, mais ne disparait pas.
Ces changements naturels ne signifient certainement pas la fin du plaisir sexuel !

Solutions
Il existe aujourd’hui de nombreuses solutions adaptées : pour restaurer une trophicité vaginale satisfaisante, il existe des lubrifiants à base d’acide hyaluronique ou d’œstrogène (s’il n’y a pas de contre-indication) ou traitements hormonaux (sauf contre-indication).
Des exercices de renforcement du plancher pelvien chez un kiné sont efficaces pour retrouver une tonicité vaginale satisfaisante.
Pour les femmes ménopausées depuis longtemps ou lassées d’utiliser des traitements locaux, la radiofréquence renouvelée de temps en temps a fait ses preuves elle aussi.
Pour les hommes, il existe des solutions médicamenteuses (vasodilatateurs locaux) et des dispositifs simples à utiliser pour soutenir l’érection, de sorte que chaque homme puisse trouver l'aide qui lui convient le mieux.
Il y aura toujours un moyen de conserver l'érection, que celle-ci soit naturelle ou provoquée.
Ainsi, un homme pourra retrouver la sérénité en se disant "lorsque j'en ai besoin : je peux".
Il en est de même pour l'éjaculation.
Beaucoup de solutions existent.
L’important est d’adopter une approche personnalisée et rester à l’écoute de ses besoins.
Aspects psychologiques
Au-delà des aspects physiologiques, il est très, très important de prendre en compte le rôle du mental et la qualité de la relation.
Relatives à la sexualité, les réponses psychologiques au vieillissement varient largement d’une femme et d’un homme à l’autre : allant de l’épanouissement à la plainte, de la proactivité à la passivité.
Pour certaines personnes rien ne change : leur sexualité se situe dans une continuité. D’autres sont dans une attitude démissionnaire avec un avant et un après.
Bien sûr ces deux positions sont caricaturales et il existe tous les intermédiaires possibles, reflétant la diversité des vécus et des perceptions du vieillissement.
Ce que l’on constate en pratique, est que souvent les personnes ayant eu une activité sexuelle satisfaisante « avant », la conservent avec l’âge.
À l’inverse, les troubles de la ménopause servent parfois de prétextes pour éviter les rapprochements sexuels - révélant ainsi une problématique (insatisfaction) antérieure.
Les bénéfices de la sexualité chez les seniors

Les études montrent que la majorité des seniors maintiennent une activité sexuelle, même si sa fréquence ou sa forme peuvent changer. Une enquête de l’Ifop en 2022 révélait que 62 % des 65-75 ans déclarent avoir des relations sexuelles au moins une fois par mois.
Maintenir une vie sexuelle active, adaptée et consentie, apporte de nombreux bénéfices :
Sur le plan psychologique : elle renforce l’estime de soi, réduit le stress, réduit les risques de dépression ;
Sur le plan physique : l’activité sexuelle stimule la circulation sanguine et améliore la santé cardiovasculaire, favorise la production d’hormones du bien-être comme l’ocytocine et les endorphines, renforce l'immunité, offre une meilleure qualité de sommeil et aide à soulager les douleurs chroniques ;
Sur le plan relationnel : elle nourrit l’intimité et la complicité avec le ou la partenaire.
Toutes les études montrent qu’une activité sexuelle régulière… améliore la santé et prolonge la vie ! 😊
Les obstacles à la sexualité chez les personnes âgées
Malgré tous ces bénéfices, certains obstacles subsistent : les maladies chroniques (diabète, arthrose, maladies cardiaques et cancers), les traitements médicamenteux (certains antidépresseurs et certains anti-hypertenseurs) ou la fatigue peuvent limiter la sexualité.
Les représentations sociales, qui associent à tort vieillesse à désintérêt sexuel, peuvent aussi générer des freins.
Bien sûr, la perte de partenaire ou l’isolement social réduit les opportunités de relations intimes.
La sexualité après un deuil ou une séparation
Perte du·de la conjoint·e, divorce, ou nouvelle rencontre : la sexualité des personnes âgées est aussi marquée par des transitions affectives.
Après un deuil, beaucoup ressentent le besoin de retrouver une intimité, mais la culpabilité ou la peur du jugement peuvent freiner ce désir. Les groupes de parole ou l’accompagnement psychologique aident à traverser ces étapes.
Sexualité et handicap ou dépendance
Avec l’âge, la question de la dépendance ou du handicap peut se poser.
Pourtant, le désir ne disparaît pas !
Les établissements spécialisés commencent à intégrer la dimension intime dans leur accompagnement (c'est une obligation légale depuis le début des années 2000 qui malheureusement, met beaucoup de temps à se mettre en place...), avec des espaces privatifs ou des ateliers dédiés.
Les aidants et les proches ont aussi un rôle à jouer : respecter la vie privée et l’autonomie des seniors, même en situation de fragilité.
L'expérience montre que parfois, il peut être malheureusement difficile pour un enfant d'accepter qu'un parent puisse avoir une vie sexuelle à son âge - alors que c'est parfaitement naturel !
La famille peut avoir des réactions de surprise, de gêne, voire de rejet face à la sexualité de leurs aînés.
Ça peut même être le cas pour certain·es soignant·es ou accompagnant·es : trop centré·es sur leur propre point de vue pour décider l'intimité d'autrui.
Et cela pose question...
Certain·es soignant·es et accompagnant·es auraient aussi besoin d'éducation affective et sexuelle...
→ L'information est plus que jamais nécessaire.
Les accompagnant·es et référent·es en vie intime affective et sexuelle sont là pour ça.

Conseils pour une sexualité épanouie en vieillissant
Pour dépasser ces obstacles, il est essentiel d’adopter une approche globale : savoir faire le deuil du corps d’ « avant », écouter ses besoins, adapter ses pratiques sexuelles, utiliser des aides médicales si nécessaire, et oser communiquer.
La sexualité ne se limite pas à la pénétration et encore moins à la performance : elle repose sur une sexualité plus créative.
L’intimité, les jeux sexuels, le toucher, les baisers, les massages et caresses, la complicité, la sensualité et la tendresse : l’âge n’a aucun impact là-dessus ! 😊
C'est encore plus vrai chez les seniors : la qualité prime sur la quantité.
Avec l’expérience, une meilleure connaissance de soi et de l’autre, de ses désirs, de ses limites, la disparition des tabous, de nombreuses personnes découvrent une sexualité plus profonde et plus riche que dans leur jeunesse, où la notion de « performance », des « standards » sociétaux et des tabous pouvaient limiter l’épanouissement.
La sexualité des seniors ne disparaît pas : elle se transforme et s’adapte.
Une bonne hygiène de vie (alimentation, activité physique, sommeil) influence directement la libido. Limiter l’alcool et le tabac, gérer le stress, et consulter régulièrement son médecin sont des atouts majeurs.
La consultation d’un·e sexologue ou d’un médecin spécialisé aide à trouver des solutions personnalisées, car il y en a ! :
Écouter son corps : accepter que son corps change, accepter les changements physiologiques et ajuster les pratiques sexuelles ;
Explorer de nouvelles formes de plaisir non pénétratif : massages, caresses, jeux sexuels, sensualité et tendresse ;
Communiquer avec son partenaire : exprimer ses besoins et envies renforce la complicité ;
Rester curieux et ouvert : vieillir offre une opportunité de découvrir une sexualité plus profonde et plus riche ;
Consulter un·e professionnel·le de santé, sexologue ou médecin qui seuls, sont à même de proposer des solutions adaptées à l’aide d’outils thérapeutiques reconnus.
Ce plaisir qui n’a pas d’âge

Vieillesse et sexualité ne sont pas incompatibles : les transformations naturelles du corps ne sont pas une barrière, mais une invitation à explorer de nouvelles façons de ressentir et partager le désir et le plaisir.
La sexualité des personnes âgées est un voyage d’adaptation et de découverte : elle évolue avec l’âge, mais peut rester une source de bonheur, de plaisir et d’épanouissement toute la vie.
Encore une fois, la sexualité ne disparaît pas avec l’âge : elle se transforme et s’adapte.
Oser en parler, s’informer et expérimenter, permettent de continuer à s’épanouir. Sinon de vivre.
Plaisir et désir n’ont pas d’âge.

Jean-Luc Morcello



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